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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 09:24
Huhehote - Zhuo Zi Xian. 102,6 km.

Aidée de Zhan Xiao Yu, j'ai pu mettre la main sur les cartes tant convoitées de la Mongolie Intérieure, du Hebei et surtout un atlas détaillé de la municipalité de Pékin et ses différents districts. Seul souci, mon itinéraire tirant sur le nord et l'est de Pékin, je n'ai pas prévu la carte correspondante en français ! Logiquement, j'aurai dû arriver sur Pékin par l'ouest mais après l'étude des routes et des lieux, je préfère virer par le nord et l'est, ce qui rallonge la route, mais me laisse la chance de retarder la cohue des camions et surtout d'aller randonner sur la Grande Muraille, entre Jinshanling et Simatai, tronçons plus authentiques et bien moins fréquentés que Badaling, rénové, à l'ouest.

Aucun chinois ne parviendra à trouver Simatai malgré ma flopée de cartes (en fait les chinois ne comprennent rien aux cartes, ça je l'ai bien enregistré !) et c'est finalement avec Caroline l'allemande qui parle mandarin, que nous arriverons à localiser le dit lieu par déduction.

Derrière cette barrière de montagnes désertiques, la steppe mongole s'étend à perte de vue

Ma route est donc plus ou moins tracée, avec quelques villes notées en piyin, quand je quitte Huhehote samedi matin par un ciel bleu sans un nuage et une température estivale. Je dois avancer de 100 kilomètres chaque jour pendant une semaine au moins. Mais mes cartes ne sont pas topographiques, loin s'en faut ! Je découvre kilomètre après kilomètre le paysage et le relief. La Mongolie Intérieure, Nèi Měnggŭ, couvre un immense territoire qui s'étire sur plus de 2150 kilomètres du désert de Gobi, à l'ouest, au fleuve Argun, le long de la frontière russe, au nord-est. Je vais parcourir en fait une infime partie de ces espaces infinis du pays du Grand ciel et sans doute pas les plus inoubliables. Partie vers 11h30, j'alterne entre plat et faux plat, courtes montées au milieu de moutons et bergers, petits villages de briques rouge-clair, steppe et colline pelées. Je croise sept cyclistes chinois de Baotou qui se rendent à Pékin, avec pour tout bagage, leur vélo, leur t-shirt JO et une banane contenant papiers et argent... Sept jours de routes sans se changer, mmmmh !

Cyclistes chinois partis de Baotou pour Pékin

Peu après, Multi, sensible à mes éternuements sans fin depuis le début de la matinée, se met en grève, le cœur malade. Le dérailleur avant fait défaut, petit et grand plateau hors service, sans explication. Sans explication car j'ai donné Multi à réviser à Chengdu et depuis il est passé de son wagon de train particulier à un gardiennage sévère de l'hôtel pendant 5 jours. Je tente quelques réglages mais rien n 'y fait, c'est comme si tout avait été déréglé... Je passe donc le reste de la journée et les premières côtes qui s'annoncent à passer mes vitesses à la main ! Par-dessus cela, j'ai un mal de chien aux quadriceps, de là, au genou droit. Deux boules se forment de chaque côté de mes muscles. J'ai un muscle qui pousse, c'est sûr ! Me dis-je en dédramatisant.

Un orage brutal me surprend, dégoulinante d'une pluie tiède, je me réfugie dans une maison à l'abandon

Vers 17h, un orage carabiné me surprend par sa violence. Les éclairs zèbrent le ciel qui me tombe bientôt sur la tête. La route est criblée de grêle et le vent se joint à la partie «éléments déchaînés». Après m'être réfugiée une heure dans une maison au toit croulant avec des paysans mongoles, j'arrive à la nuit tombante à Zhou Zi Xian et avise le premier resto pour remplir mon ventre qui crie famine depuis ce matin. Les propriétaires charmants me font une plâtrée de nouilles sautées pour 4 personnes, mais je suis à peine rassasiée !

Après un bain de pied, la femme et la fille me conduisent à une djaodaillesouo locale, que tiennent des gens très sympathiques. Je marche avec difficulté avec mes boules de muscles qui font rire les 10 personnes attroupées à mon arrivée. En me couchant, je me résous à prendre un anti-inflammatoire. Problème : je ne trouve pas l'étiquette correspondante sur les médicaments de ma trousse de secours et j'opte, pas très sûre de moi, pour le seul qui n'a pas de descriptif. Bonne pioche, je m'endors en moins d'une seconde.

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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 09:04
Huhehote (Hohot).

Mardi matin, je m'offre un petit dej buffet au 5 étoiles voisin (mon auberge de jeunesse appartient au même propriétaire) et vais squatter l'internet du business center et le bar de l'hôtel toute la journée. Le soir je découvre que j'ai une prise internet dans MAAA chambre. Je ne la quitte donc plus les jours suivants et rattrape mon retard dans mes textes. J'ai définitivement fait une croix sur toutes les villes chinoises traversées, à part Pékin que je compte bien arpenter de jour comme de nuit. Je dialogue avec mon écran d'ordi, point barre !

Les rues de Huhehote peuvent se transformer en cours d'eau après une pluie violente

Petite parenthèse cependant jeudi où je tente l'expérience insolite et extravagante du voyage en groupe ! Je me laisse persuader par un chinois de Guangzhou, Zhan Xiao Yu, nouveau locataire de la chambre, d'aller faire un tour dans le désert de Kubuqi, la gorge des Sables qui résonnent. 7h du matin, nous embarquons donc dans un mini bus avec 8 autres personnes pour 2h30 de route, direction ce petit (malgré les dires chinois «du plus grand, du plus beau» toujours) bout de désert au sud de la ville industrielle de Baotou.

Un désert au milieu des steppes mongoles

En chemin nous pouvons apprécier les commentaires Ô combien intéressants de la guide «c'est ici que s'est écrasé l'avion [...] l'année dernière», «ce générateur électrique produit à lui seul [...], c'est un des 4 plus puissants de Chine» . En revanche, elle reste mutique sur la présence dans la région du mausolée du légendaire Gengis Khan, qui dota les Mongoles d'un immense empire qui allait de l'Asie à l'Europe. De même la formation de ce désert lui est inconnu où lui passe à quatre miles, car elle ne souffle mot à son sujet ! Coincé entre la steppe mongole et les usines, ce désert évoque plutôt un parc d'attractions aux allures de Sahara, piste de luge sur sable et promenades en chameau (les vrais, avec deux bosses !!).


Passée l'entrée et les chars d'assaut touristiques qui emmènent les plus paresseux, je m'éclipse et m'enfonce dans les sables, loin des regards. 2h de belle balade sur des dunes de sables fins. Derrière la chaîne de montagnes basses, c'est le début de la steppe mongole, où je m'abstiendrai d'aller tant cela semble être un véritable campement folklorique pour touristes chinois. La culture mongole, j'irai à sa rencontre, en Mongolie !


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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 08:32
Train Chengdu - Hohot.

Samedi 12 à 22h30 sonnées, le train s'éloigne de Chengdu. Je quitte donc la capitale du Sichuan, en ayant eu à peine le temps de l'apercevoir et dans l'impossibilité d'en confirmer pleinement le dicton : «la Chine est le pays de la gastronomie, mais le Sichuan est le pays des saveurs !». Je suis assise sur une banquette dure près d'une fenêtre, trois personnes me faisant face et deux autres dormant déjà à côté de moi. Je découvre donc le système des quatre classes ferroviaires chinoises : couché mou, couché dur, assis mou, assis dur ! La première étant la plus chère et la plus difficile à obtenir et la dernière celle du peuple, celle où l'on s'entasse comme du bétail. Le wagon est donc surchargé, les hommes torse nus et tout le monde pieds nus. Je vous laisse imaginer l'odeur qui s'exhale dès que le train s'ébranle. À ma stupéfaction, je découvre qu'il n'y a pas de climatisation, que les chinois si respectueux des règles et des lois, n'ont que faire de celle qui interdit de fumer dans le train. Résultat, nous roulons depuis une heure, l'air est irrespirable et la température avoisine les 42 degrés !! J'ai trente-huit heures à passer dans cette fournaise, elles vont se transformer en cauchemar...

Après une heure de train, la température du wagon avoisine les 42° !

Je passe ma première nuit entre somnolence et lecture. Je tente de suivre notre itinéraire sur la carte. Dès que je la déploie, c'est comme si vingt personnes me montaient dessus. Un de nos premiers arrêts est Deyang. Dans le noir, je ne peux m'empêcher de penser que derrière Deyang se dressent les Qiong Lai Shan, la faille de Wenshan et les ruines de combien de villages et de villes pulvérisées en deux minutes interminables le 12 mai dernier... Puis viennent Guangyuan, Baoji, nous remontons l'ouest du Sichuan en bordant les lieux de la tragédie.

Enchevêtrés, les passagers arrivent à trouver le sommeil dans n'importe quelle position

Le lendemain, le train entre en gare de Lanzhou, le pays des lamian pour moi. J'aperçois au loin les eaux jaunes du Huang He qui ont perdu leur couleur Himalaya avec l'arrivée sur le plateau du loess. Depuis plus d'un millénaire, Lanzhou est une ville de garnison, une des nombreuses oasis où les caravanes de la route de la Soie, transportant marchandises et idées nouvelles entre la Chine et l'Asie centrale, faisaient étape... Entre volutes de fumées et divagations, je nous débarquerais bien ici avec Multi pour continuer notre route vers l'Ouest sur les traces de tant de pèlerins célèbres ou inconnus le long des routes de la Soie... mais le train oblique vers Yinchuan alors que la deuxième nuit s'annonce plus éprouvante encore.

Nous saluons sans doute une partie peu connue de la grande muraille ici, mais mon nez aplati contre la vitre ne verra que nuit noire et désert sans fin. Je me rends compte soudainement que j'ai mal aux pieds depuis un moment et décide enfin d'y jeter un regard. Mais arriver jusqu'à mes pieds alors que je suis congestionnée depuis plus de 24h dans ce train, c'est tout un combat ! Je découvre avec stupeur que mes pieds, cheville, mollets ont triplé de volume. Je me transforme en bibendum Michelin !! À partir de là, je passe 15mn toutes les heures debout sur mon siège à faire les cent pas dans le vide. Stéphanie, jointe par texto (ah le bonheur de la technologie moderne...) me dit que je dois absolument bouger, marcher de wagon en wagon ! Mais c'est impossible, lui rétorqué-je ! Il faut marcher sur les gens qui dorment par terre alors. Je ne suis pas allée aux toilettes depuis 24h, me restreint en eau et compte patiemment les minutes qui me séparent de la délivrance.

Lundi matin, mes genoux commencent à enfler. C'est la gangrène de la gonflette qui s'empare de moi ! N'y tenant plus, je vole de banquette en banquette, debout, parfois ratant le haut du dossier et tombant sur l'épaule d'un chinois endormi, pour atteindre les toilettes où je bloque ma respiration avant le grand saut.

Désert mongole

Wuhai, Baotou... nous sommes maintenant en pleine steppe désertique de la Mongolie Intérieure, une des 5 provinces autonomes de Chine. Plus que 3 heures pour en atteindre la capitale, Huhehaote, ma destination.

14h30, la délivrance sous un ciel bas et gris. Je patiente longuement pour récupérer Multi et mon sac alors qu'un bourdon bien lourd tisse sa toile dans ma tête. «Mais qu'est ce que je fous là ?» me dis-je.

À l'auberge de jeunesse, je souris difficilement à l'hôtesse, gauche et antipathique mais finalement obtiens un lit après avoir subi ses nombreux «meyou, meyou» (y'en a pas).

Ô bonheur, je partage ma chambre avec une polonaise et une allemande, voyageuses solitaires également. Mais je ne suis pas en verve, et les écoute distraitement en tentant de faire dégonfler mes pieds difformes dans une bassine d'eau froide.

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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 10:20
Luding - Chengdu en bus.

Mardi 8 Juillet, à 6h30 du matin, je monte dans le bus en vérifiant que Multi n'a pas bougé des soutes. Les chauffeurs gesticulent, visiblement outrés par mon attitude, mais ça me passe à 4000 tant mon capital confiance s'est volatilisé depuis hier, du moins dans les parages de cette chère Luding. Des sept heure qui me séparent de Chengdu, je ne verrai rien du paysage. On monte puis on descend sans fin, la circulation est dense, l'air étouffant. Du fond de mon siège à ressort, je respire d'aise de m'épargner ce trajet. Je me sais à fleur de peau, prête à l'explosion non contrôlée à tout moment. Je deviens intolérante avec tout et tous, me dis-je honteusement en silence. Nous sommes largués dans une avenue sans nom de Chengdu, loin des quatre gares supposées. Il fait une chaleur écrasante dont j'ai perdu l'habitude. La foule est partout, il est temps que je descende de mes montagnes...

Je parviens malgré tout sans trop de difficultés chez des amis français que je n'ai pas vu depuis quatorze ans, Stéphanie et Stéphane et leurs 3 têtes blondes que je ne connais pas ! Je déjeune d'une tourte au saumon et de salade verte, puis nous fonçons vers la piscine sur la demande pressante des enfants. Au pied de la tour qu'ils ont vu bouger comme un palmier lors du tremblement de terre, nous bavardons les pieds dans l'eau. La situation est surréaliste, je me pince pour admettre la réalité... Je barbotte au bord d'une piscine et je comprends quand on s'adresse à moi !

Je passe 4 jours chez eux, presque sans sortir, entre repos et conversations sans fin avec Stéphanie et editing de toutes mes photos. Une nouvelle fois, je suis choyée par mes hôtes, et me noie dans le pot de Nutella chaque matin. Stéphane se met en 4 pour me simplifier la suite de mon voyage et c'est son assistante qui est chargée de me trouver mon billet de train pour le nord-ouest de Pékin. En effet, je suis trop loin de la capitale pour songer encore la rallier avec Multi, et la route du charbon ne m'enchante guère par ces chaleurs. Je décide donc d'aller vers Huhehote, capitale de la Mongolie Intérieure. Peut être trouverai-je encore un brin de ciel bleu et des températures plus clémentes avant de me noyer dans la pollution pékinoise. Alors que j'espère un départ pour la semaine suivante, histoire d'avoir le temps d'explorer quelque peu la capitale du Sichuan, je suis contrainte de prendre un billet «assis dur» pour samedi soir, tous les trains étant complets jusqu'au 25 juillet !! Est-ce la fête de l'été mongole ? Non, c'est la Chine, un milliard trois cent vingt millions de personnes, me répond Stéphane mort de rire de ma naïveté sans doute.



Les journaux rapportent l'annonce de la présence de Nicolas Sarkozy aux J.O.



Vendredi, toujours aidée par Stéphane et son assistante, je fais réviser Multi au Décathlon local qui rechigne au début à le regarder. C'est normal, il est trop beau, trop bien, trop... quoi ! Je lui explique que je viens prévenir plutôt que guérir, ce qui accentue, à ses yeux écarquillés, mon côté grande malade. Oui, je suis perfectionniste et alors ? Il n'empêche, j'ai mes deux rayons arrière dévoilés pendant que je bataille encore avec le petit jeune qui veut me regraisser Multi avec un produit que je n'aime pas. Nous ne sommes décidément pas d'accord pourtant on m'offre gracieusement la révision, malgré ma «pénibilité» j'ai envie de dire.

Vendredi soir, dernière soirée à Chengdu. Nous parlons longuement du tremblement de terre. Aucune trace n'est visible dans la ville, les gens ont été très choqués, certains ont vécu dans la rue pendant plusieurs semaines puis tout d'un coup le gouvernement a dit qu'il ne se passerait plus rien à Chengdu, alors la foule est rentrée chez elle confiante...En revanche Stéphane me raconte les villages traversés alors qu'il apporte un camion de vivres sous l'égide de la Croix rouge. Les images sont... inimaginables et dépassent l'entendement. Par endroit la montagne s'est déplacée de 50 mètres, la terre semble avoir été découpée par un gigantesque couteau qui a tout haché sur son passage, et combien, combien d'écoles se sont effondrées, emportant avec elle 2000 enfants ou adolescents ? Les familles ont reçu un dédommagement financier comme un lot de consolation pour leur enfant décédé, mais toutes attendent justice...



Dans les rues de Chengdu



Le premier mois, le chagrin puis la colère des proches étaient relatés en première page des quotidiens chinois. Aujourd'hui à la veille des J.O., l'enquête sur les responsabilités est enterrée sous le silence et la censure. L'activiste Huang Qi a été arrêté le 10 juin dernier en «possession illégale de secret d'état» alors qu'il faisait campagne pour la défense des victimes du tremblement de terre. La puissance du tremblement de terre a été telle qu'il sera à jamais impossible de déterminer les raisons exactes qui ont fait que dans des zones entières, seule l'école du village s'est écroulée... Le séisme a touché une zone de plus de 100 000km², environ 3 fois la Belgique. Selon des estimations de l'agence Chine Nouvelle, sur 216 000 édifices détruits, près de 7000 sont des établissements scolaires.

Samedi soir, départ pour Hohehote à 22h30. Mais ça serait trop simple de penser embarquer comme ça... non, il faut se rendre à la gare vers 19h pour faire enregistrer Multi. Stéphane, son assistante et deux autres chinois m'accompagnent à la gare. Pour tout accueil, la chef de gare nous aboie dessus qu'il est trop tard pour l'enregistrement, avant de se radoucir, ça y est, on sait qui a le pouvoir, elle peut maintenant nous déployer toute sa bienveillance et sa serviabilité. Multi est embarqué avec un de mes sacs, il voyagera dans un wagon à part. Mes accompagnateurs me tiennent la main jusqu'à ce qu'un petit train vienne me chercher et m'emmène jusqu'au wagon n°7. Mine de rien ça fait le plus grand bien alors que je m'apprête à vivre un grand moment de solitude pendant 38h surchauffées dans ce train.

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 15:48
Kangding - Luding. 56km.

Alors que je prévois de rester un ou deux jours à Kangding, base de multiples excursions en montagne et autres, je ne sais pas quelle mouche me pique vers midi, mais je charge à nouveau mes sacs. Ça y est, je veux arriver... Je n'ai ni l'envie ni le courage de m'aventurer vers les lacs d'altitude ou les glaciers multiples de la région.

Descente sur Luding

Je file sans même un tour dans la ville sur une pente balayée par un vent terrible. Je me cramponne à Multi pour ne pas être déséquilibrée et rase les murs quand les camions s'approchent. J'emprunte de longs tunnels pour passer de montagne en montagne, aucun éclairage prévu, je m'accroche à la lumière des phares de camions qui m'asphyxient un peu plus. C'est l'autoroute de montagne version chinoise, la porte du Tibet, la circulation n'a jamais été aussi dangereuse. Ma vague de raz le bol s'amplifie. Multi, à l'unisson de mes sautes d'humeur, se braque et je me retrouve avec la chaîne coincée inexplicablement entre le cadre et le plus petit plateau. Je m'arrête aux abords d'une centrale électrique dont les trois gardes à l'entrée se joignent à moi pour mettre les mains dans le cambouis.

Il nous faudra quand même 2h pour décoincer la chaîne au marteau et au tournevis (après l'avoir préalablement ouverte sur toute la longueur à l'aide du démonte-chaîne !) alors que je n'y crois plus et vois trop de signes dans tous ces enchaînements soudains...



3 gardiens d'une centrale électrique viennent à mon secours



À Luding, j'ai pour mission paternelle de photographier un des plus anciens ponts suspendus au monde, le Chain bridge selon ma carte, construit en 1705. Ce pont de 100 mètres de long est suspendu par des chaînes au-dessus du bouillonnant fleuve Dadu. Luding, petite ville à 1300 mètres d'altitude, est célèbre dans toute la Chine pour avoir été le théâtre de l'épisode souvent considéré comme le plus glorieux de la Longue Marche. Le 29 mai 1935, les troupes communistes découvrirent que le Guomindang avait enlevé toutes les planches de bois et disposé des munitions tout le long du pont. Les soldats de Mao traversèrent alors le pont, suspendus dans le vide en s'agrippant aux chaînes, avant d'aller écraser le Guomindang sur l'autre rive...

Mais je suis trop accaparée par l'idée de trouver un hôtel à Luding pour vraiment m'intéresser à ce pont. Je prévois d'en faire la traversée (on dirait un vrai pont de singes !) un peu plus tard. C'est sans compter sur la loi locale qui m'interdit de séjourner en djaodailsouo ou plutôt qui m'oblige à dormir dans un palace chinois à 800 yuans la nuit dans un décor grotesque ! Je trouve assez facilement de l'aide auprès d'une jeune femme qui parle quelques mots d'anglais. Pendant 2h, nous allons arpenter les rues à la recherche d'un hôtel qui veuille bien m'accepter. Puis une professeur d'anglais et une de ses étudiantes prennent le relais lorsqu'on m'emmène au poste de police pour obtenir une autorisation. C'est niet ! On m'escorte à nouveau au palace je ne sais quoi. Mes nerfs se transforment en pelote de noeuds inextricables. Je laisse la police s'éloigner et je file dans la direction opposée. Arrivée dans un autre hôtel, la patronne me gueule dessus la même rengaine, et la police réapparaît comme si de rien n'était. Je vais jouer au chat et à la souris encore deux heures, avant de céder (je crois que même dormir sous un banc je n'en aurai pas le droit..), excédée et hors de moi. Un officier me demande mon passeport, je lui tends une photocopie, mais non ça ne va pas encore, il faut mon passeport. Je lui rétorque que je ne donne mon passeport à personne et demande à l'accompagner pour faire les photocopies. Retour au troisième hôtel oblige, où je me braque un peu plus avec la réception qui augmente soudainement le prix de 50 yuans ! On passe maintenant à 150 ! J'exige alors qu'on me change tous les draps de la chambre et les serviettes de bain. Mon interlocuteur ravale sa rage mais ne lâche pas l'affaire non plus. Entre temps, j'ai pris un billet de bus Luding-Chengdu, mon point de non retour étant largement dépassé. Le chauffeur se pointe pour m'affirmer que Multi ne rentre pas dans les soutes. Je m'assois par terre. La tête dans les mains, au milieu de ces 10 personnes que j'ai envie d'étrangler une par une.

Je vais craaaaaaaaaaaaaaquer ! Puis je rassemble mon dernier souffle d'énergie, et lui présente un joli sourire crispé «d'accord, mon vélo ne rentre peut-être pas (toujours leur laisser la face...), je vous demande juste de me laisser faire un essai !». Le public prend mon parti et le chauffeur obtempère. Multi passe donc la nuit dans les soutes du bus, qui bien sûr, ne rencontrent aucun problème pour l'accueillir dans leur crasse ! La police me lâche enfin vers 20h45 et j'entre dans ma chambre à 21h.

Épilogue : pour 150 yuans, je n'aurai ni eau pour la douche ni eau pour le WC mais des draps propres, ô miracle. Je prends un escalier de service pour aller manger mon premier repas de la journée et surtout pour ne pas croiser l'accueil sur qui j'ai envie de sauter ! Il m'aura fallu 4h45 pour trouver un hôtel.

Quand j'arrive au pont historique, il fait nuit noire. Je fais vingt pas au-dessus du vide et suis prise de vertige... demi-tour !

Un des plus vieux ponts suspendus au monde, théâtre d'un épisode très célèbre de la Longue Marche

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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 15:19
Yajian-Kangding. 136 km., mais seulement 43 pédalés...

À partir d'aujourd'hui, les choses vont s'accélérer dans mon parcours, à ma grande déception, même si j'en suis la seule responsable...

Yajiang au petit matin

Réveillée aux aurores, je quitte Yajiang alors que le soleil pénètre à peine dans cette gorge profonde. Pour entamer une bonne journée, contrôle de passeport s.v.p. ! Toujours les mêmes questions sans fin. Ces soldats trompent leur ennui en ricanant de ma photo (mais qu'est ce qu'elle a ma gueule ?!). Comme au Tibet, plat connaît pas, je dois remonter de 2590 mètres à 4345 mètres sur 47 kilomètres. Je suis ultra-motivée, c'est ma dernière graande graande ascension, puis ce sera la lente descente vers Chengdu. Mais c'est sans compter sur ma schizophrénie chinoise développée depuis 4 mois : au fil des kilomètres, une petite voix s'insinue dans mon esprit et me chante à tue-tête «tu n'y arriveras pas, tu n'y arriveras pas...». Impossible de la faire taire, elle grignote mon enthousiasme, entame mes rêves de sommets enneigés et prend possession de mon centre décisionnel.

Vaincue, je monte dans le bus

Alors que je renonce depuis ce matin à m'arrêter à tous les appels lancés par les gens croisés si je veux parvenir au sommet, au sortir d'un virage à 3910m., je craque et m'assois longuement auprès d'une famille. Oui, je rêve presque qu'un bus s'arrête. À peine ai-je prononcé ces mots, qu'un mini-bus stoppe et me propose de nous embarquer. La forteresse de ma volonté chancelle, je suis vaincue et je monte au col Wolongshi derrière une vitre sale. J'ai envie de m'enfoncer sous terre tellement je me sens nulle. Pourquoi j'ai craqué ? Pourquoi ? Je ne peux même pas invoquer la fatigue physique puisque je me sentais bien... mais cette tête, que je m'arracherais bien parfois !

Mont Yala au loin et à travers une vitre

Au col, Le paysage se venge et dévoile LE spectacle que j'attends depuis des jours : des pics déchiquetés et des neiges éternelles en pagaille. Je ferme les yeux, je vais ENCORE pleurer... Je parviens à faire une photo, mais le goût est amer. Le Mont Yala (ça sonne un peu arabe tout ça...), une des 9 montagnes sacrées tibétaines, se découpe dans le ciel, majestueux, à plus de 6000 mètres. Alors que je devrais m'empresser de dire au chauffeur de ma lâcher, là, tout de suite, maintenant, les mots restent coincés dans le fond de ma gorge. Je m'enfonce dans mon siège alors que nous entamons la descente vers Xinduqiao, ma destination du jour. Là, je ne retiendrai que les nouvelles forteresses tibétaines finement décorées. Mon cerveau n'imprime ni la route ni le paysage, c'est comme un refus inconscient.

Dans la descente sur Kangding

Passée la petite ville tibétaine, le chauffeur me demande si je descends. Secouement de tête et grognement étranglé «Kangding». À quoi bon ? J'ai raté mon rendez-vous avec les neiges éternelles par faute de motivation, par manque de volonté, par cette envie inavouable d'en finir avec la montagne et de retrouver du monde... Je m'en veux et vais m'en vouloir longtemps. Le trajet Xinduqiao- Kangding était prévu en mini bus, Yann me l'ayant fortement conseillé vu l'état catastrophique de la route. Effectivement, nous mettrons 3h pour parcourir à peine 40 kilomètres derrière une file de camions, sur une route absente ou totalement défoncée. Puis c'est à nouveau une descente vertigineuse de près de 2000m. d'altitude, avec pour seule vue le massif du Gonga Shan à 7500 mètres d'altitude. Pour ma consolation, les nuages ont pris d'assaut ces montagnes qui flirtent avec le ciel et j'entre dans Kangding, chef lieu de la préfecture autonome tibétaine de Garzê, plus tôt que prévu.

Le Gonga Shan (7500m.) perdu dans les nuages

Située au fond d'une vallée profonde, au confluent des bouillonnantes rivières Dar et Tse en tibétain (Zheduo et Yala en chinois), à l'origine de son nom tibétain Dartsedo, Kangding, était un important centre commercial autrefois. C'est là que se formaient les caravanes qui emportaient les briques de thé de Ya'an enveloppées dans des peaux de yaks vers le plateau tibétain, et que s'échangeaient les productions en provenance du Tibet comme les fourrures, le musc, les herbes médicinales ou le sel, destinées à la Chine. De 1939 à 1951, elle acquit le statut de capitale, éphémère certes, de la province du Xikang, alors contrôlée par le roi de l'opium, Liu Wenhui.

Alexandra David-Neel, célèbre exploratrice du XXème siècle, a séjourné sur les hauteurs de la ville, dans un temple taoïste, pendant presque toute la durée de la Seconde guerre mondiale.

Aujourd'hui, une pépinière de buildings en série se dresse le long de cette vallée dominée par des sommets de rêve. Fonctionnaires et militaires ont remplacé les caravanes de la Horse Tea road.

Je prends un lit dans la première auberge aperçue et m'isole avec Multi que je dépoussière, panse et soigne comme si c'étaient mes propres plaies. À mon grand désespoir, il a moyennement aimé le voyage tressautant sur le toit, histoire de rajouter de l'huile sur le feu de ma déception...

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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 09:56
Mes nomades - Yajiang. 62,32km.

Au matin, le roi soleil tarde à s'imposer sur ce royaume du vent. Le froid attaque toutes les extrémités non couvertes. Je peine à quitter la chaleur du poêle et n'ai aucune envie de quitter ces nomades des temps modernes. Après la traite, Tsijiyungzang se pomponne. À mon grand regret, elle cache ses pommettes couleur rouge-brun sous une couche poupée de cire impressionnante. Les hommes troquent la parka contre le cuir, les chaussures boueuses et bousées pour des bottes de sept lieues. Je pense au grand départ mais non, c'est juste par coquetterie et envie d'élégance. La Jeune femme au regard doux a la joue toute enflée. Je vois surtout qu'elle souffre en silence et vais employer les heures suivantes à lui dire que l'infection peut être grave et qu'elle doit voir absolument un dentiste. Lobu décide alors d'emmener sa femme à Kangding le jour même et me propose de faire partie du voyage. Je me sens tellement bien avec ces gens que j'arrive difficilement à dire non; je veux prolonger ces instants partagés si précieux. Pourtant en début d'après-midi Lobu m'explique qu'il attend la venue de son père pour lui prêter de l'argent, ils ne partiront donc que demain. Je quitte alors mes hôtes à graaaands regrets, sans même pouvoir fixer un rdv à Kangding car ni eux ni moi ne savons où nous atterrirons...

Vers 13 heures, je quitte avec regrets mes nomades des temps modernes

Tsijiyungzang m'accompagne jusqu'au bord de la route, je lui glisse un billet de 50 yuans dans la poche pour le dentiste, elle refuse tout net pensant que je la paie pour la nuit, j'insiste, la seconde d'après elle me sert dans ses bras à ma grande surprise ! Nous échangeons encore un long regard en guise d'adieu alors que la moitié du campement accourt et me regarde m'éloigner.

Prairie de bord de route

L'après-midi j'enchaîne col sur col sur une route en corniche. Je croise le premier d'une longue liste de cyclos chinois en route pour Lhasa. Celui-ci ne décolère pas : «personne ne parle mandarin dans ce pays !!», je rigole en silence pendant qu'il me photographie sous toutes les coutures.

Totem routier ? Signalisation tantrique ?

Le dernier col avant les 29 kilomètres de descente sur Yajiang est fièrement annoncé à 4659 alors que son altitude n'est que de 4445 mètres. Chinois et record vont de paire. Je sais que si je leur montrais le meilleur GPS du monde avec le BON chiffre, ils afficheraient toujours leurs cols à la hauteur du plus proche pic rocheux ! Au col donc, je découvre mes premiers sommets enneigés au loin, ceux qui m'ont tant manqué sur cette route Zhongdian - Litang. Ma route me rapproche d'eux même si je vais perdre presque 2000 mètres d'altitude jusqu'à Yajiang et les voir disparaître après seulement quelques kilomètres.

Les chinois sont un peu marseillais, c'est bien connu

J'arrive à la ville vers 20h et mes ennuis commencent dès l'entrée avec un sempiternel contrôle de passeport. Ma colère est palpable, je ne jette pas un regard aux militaires et m'exécute. Puis un militaire modèle réduit arrive, tout mignon tout gentil et s'adresse à moi dans un anglais parfait. Je remballe ma grogne et oui, lui répond que c'est la première fois que je viens à Yajiang. J'ai donc droit, hélas, à tous les honneurs soudains : après 45 minutes d'attente, deux voitures de police, une jeep militaire m'escorte sous haute protection dans les hauteurs de la ville. RIDICULE. Cette situation jamesbondoburlesque me rappelle fortement le zèle des policiers algériens a Ghardaia en 1994...

Descente sur Yajiang le jour déclinant

Évidemment, des tibétaines m'offrent l'hébergement à grands gestes, mais je n'ai plus d'autre choix que suivre ces autorités locales, qui restent bredouilles dans leur quête d'hôtel ! À n'y rien comprendre !

Finalement je suis parquée dans des bâtiments du parti communiste ou de je ne sais quel organisation étatique. On me conseille de ne pas sortir ce soir, «c' est dangereux ici» ( toujours la guerre contre les yaks...), les bras m'en tombent mais je dors déjà debout après ma sombre découverte de la porcherie des toilettes communes féminines...

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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 09:03
Hong Long - mes nomades. 49,16km.

Départ sous la pluie après un déjeuner tibétain qui me colle au ventre : thé au beurre, tsamba (farine d'orge, la base de l'alimentation tibétaine) et morceau de beurre, le tout dans le même bol. On lèche, on mélange avec l'index en tentant de former une boule de pâte marron... Voici le pain cru tibétain. J'en ai des hauts le cœur mais je m'exécute en silence...

Sortie de Hong Long

À la sortie de Hong Long, j'ai droit à ma deuxième crevaison du voyage pour le plus grand bonheur des enfants du village. Toujours ces mêmes épines plus dures que des clous ! Ensuite, c'est le col de Taziba à 4320 mètres qui me fait souffrir à retardement : quelques kilomètres plus loin et plus bas, je m'arrête près d'un petit restaurant au milieu de nulle part, groggy. Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive. Une douleur fulgurante me transperce la tête (toute de suite les grands mots...). Je m'assois, la tête plus lourde que la montagne et le cœur dans la bouche, je vais vomir ! Passants, motards puis militaires s'approchent (le vrai boulevard au milieu de rien !). On me propose à manger, des pastilles, des herbes mais je reste prostrée. Mon état empirant, je finis par suivre un jeune homme qui me guide jusqu'au monastère où deux jeunes nonnes me prennent tension et température. J'ai l'impression d'être une loque et n'ai qu'une envie à cet instant, en finir avec la montagne et non avoir la succession de cols qui m'attend aujourd'hui. J'obtempère à tous les traitements, herbes et cachetons, puis on me couche toute frissonnante, sous 3 couvertures et le regard du Dalaï-Lama.

Au col Taziba qui m'asphyxie, à 4340 mètres d'altitude

Je comprends que ces jeunes femmes à la voix bienveillante sont aussi le poste de secours du coin quand je vois défiler une foule bigarrée (mais d'où arrivent tous ces gens ??!), venue se faire soigner mille maux étranges et autres bleus à l'âme. Mes hôtesses infirmières retournées à leur méditation, je somnole, seule dans le silence de leur petite maison et finis par me relever : je dois continuer. Si j'avance de 10 kilomètres en 10 kilomètres, je ne suis décidément pas arrivée ! De retour près de Multi qui a pris une énième averse de pluie, je mange un bol de pâtes sur l'invitation d'un groupe de militaires. Je réalise alors que ce malaise est sans doute dû à l'altitude, même si j'ai du mal à comprendre que ça arrive si tard... fatigue accumulée peut-être, ou bouillie tsamba du matin ?!

Je monterai cette route attelée à la moto d'un jeune tibétain...

Je repars, après une pause de 3h quand même, sans grande force et avance au ralenti alors que la grêle me tombe dessus en pleine côte. Au milieu des rafales de pluie, le bruit d'une moto se fait entendre. C'est le jeune tibétain qui m'a conduit au monastère. Dans un éclat de rire en me montrant le ciel, Il sort une corde et attache Multi au porte bagage de sa moto sous mon regard inerte. Cette fois-ci, nous avalons la côte à vive allure. Je suis aveuglée par les gerbes d'eau de son engin et lui hurle de ralentir. Il me propose alors de me réfugier sous une tente de nomades mais je lui désigne le col, la route encore longue et je continue avec mes gambettes qui reprennent vie malgré le ciel peu clément.

Après la pluie, le beau temps ! Je sèche en m'envolant vers le col et comprends que je suis vraiment trop loin de Yajiang pour y parvenir aujourd'hui.

Nomades des temps modernes

Je cherche un coin abrité du vent pour la nuit mais difficile de trouver mon bonheur sur ces colline pelées qui ondulent en forme de dragon. La route longe un nouveau campement nomade et bientôt un homme me fait signe de m'arrêter. Il me montre le ciel noir à nouveau, me mime l'orage et me désigne le campement pour passer la nuit. Aussitôt je pousse Multi vers les tentes noires. De l'une d'elles sortent trois personnes, une jeune femme et deux hommes, le sourire jusqu'aux oreilles «Tashidele ! Tashidele !».

Mes trois hôtes dans leur tente

Nous nous «reconnaissons» au premier regard. Ils empoignent Multi et le déchargent instantanément (ce sont tout de même les premiers à comprendre mon chargement et le principe des attaches. Pas besoin d'échanger un seul mot !) avant de le glisser sous la tente. Celle-ci est spacieuse, bien mieux organisée que celle de mes précédents hôtes. Un poêle imposant à l'entrée permet d'en évacuer la fumée et nous préserve ainsi de l'intoxication.

Tsijiyungzang

En quelques minutes, j'ai l'impression que nous nous connaissons depuis toujours. Thé au beurre sur thé au beurre, nous communiquons entre mimes et fous rires. Eux me désignent les objets en tibétain, je leur donne la traduction en français et vice versa. J'apprends ainsi tout le vocabulaire essentiel d'un nomade tibétain : yaks, lait, beurre, fromage, feu, yaourt, crème, pain à la vapeur, pomme-de-terre, manger et j'en passe...

Après la traite du matin, Tsijiyungzang, fraîchement maquillée, sépare la crême du lait pour faire le beurre

C'est aussi à 4300m. d'altitude, dans la chaleur d'un foyer nomade, que je finis par comprendre que le Dalaï-Lama a reçu une «médaille» à Paris. Loin de porter dans mon cœur les autorités de ce pays, je me dis malgré tout qu'on collectionne vraiment tous les impairs... À vouloir porter haut l'image du pays des droits de l'homme, nous sommes impayables en donneurs de leçons, oubliant notre propre histoire et le découpage de l'Afrique du nord que nous avons fait sans tenir compte des peuples ni des cultures...Fermez la parenthèse !

Lobu prépare la chirra, sorte de fromage sec en grumeaux

Tsijiyungzang et Lobu ont respectivement 23 et 26 ans. Leurs 2 enfants sont provisoirement chez la mère de la jeune femme et de Dingzejeja, l'autre jeune homme. La tente et les bêtes appartiennent a Tsijiyungzang et à son frère, je le comprendrais en les voyant seuls s'animer alors que le mari fait le beau mais n'en glande pas une... Sa femme, quant à elle, est partout : fendre des bûches, elle se lève, traire les yaks, elle s'y colle pendant que les hommes se prélassent avec moi, (non pour me déplaire..), préparer le repas, elle retrousse ses manches encore... je reste interdite devant la nonchalance de son mari, qui ne rêve que d'une chose, aller danser en ville. Dingzejeja est envoyé en éclaireur pour chercher de l'huile mais ne réapparaît que pour mettre les pieds sous la table (image puisqu'on mange à même le sol bien sûr). Je passe néanmoins une merveilleuse soirée avec eux, les garçons étant particulièrement intéressés par les plages françaises !

Visite des voisins nomades

Je me fais expliquer avec moult détails mimés la tradition bouddhique tibétaine du tiānzàng, l'enterrement céleste. Après la mort, la dépouille est découpée au couteau par un tomden (religieux maître des cérémonies). Les os et le cerveau sont broyés et mélangés à de la tzamba (farine d'orge). Le tout est exposé quelques minutes plus tard aux vautours qui finissent de dépecer le corps. « S'il peut paraître étrange à nos yeux d'occidentaux, l'enterrement céleste revêt dans cette partie du monde un sens pratique autant que spirituel. Selon la croyance bouddhique, le corps sert uniquement à accueillir l'âme pendant la vie terrestre. Lorsqu'il s'éteint et que l'âme le quitte, il perd donc toute utilité. Offrir son corps en pâture aux vautours correspond à un acte ultime de générosité envers le monde des vivants et permet de poursuivre le cycle de la vie. Les vautours sont eux-mêmes des oiseaux vénérés et considérés comme la manifestation des Dakinis, des divinités féminines buveuses de sang qui dansent dans les airs». D'autre part, dans une région où le bois est rare et la terre gelée les trois quart de l'année, c'est plutôt un moyen écologique de faire disparaître les corps...

Ces cérémonies ont longtemps été interdites par les chinois; aujourd'hui il faut une autorisation spéciale pour y «participer» à Lhasa. À moins d'être au fin fond du Sichuan, difficile d'assister à ces rites funéraires pour les touristes étrangers...

Pour la nuit, Dingzejeja me cède sa place et va trouver refuge ailleurs pendant que je m'endors emmitouflée dans quatre couvertures en plus de mon duvet en rêvant aux sacrifices... Incas !

Dingzejeja

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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 19:06
Litang - Hong Long. 40km. et des poussières.

Ce matin... pluie et froid ! La neige se rapproche à grands pas... Je serai presque heureuse de voir les sommets qui entourent l'immense prairie de Litang enfin enneigés ! Mais mon bonheur vient d'ailleurs ce matin : Multi chargé, je file au wanbar (café internet) dans l'attente de l'éclaircie providentielle et saute littéralement de mon siège lorsque je lis le titre des journaux français : INGRID BETANCOURT EST LIBRE !! Surexcitée, je fonce faire mes adieux à Mr Zheng et mon hôtel-restaurant concurrent. «Elle est libre, vous comprenez ? 6 ans de captivité ! Elle est libre !!».


14h, après réparation de mon rétroviseur et rafistolage d'une attache de mes sacoches avant, perdue en route, j'entame la rude montée à la sortie de Litang. Je ne reviens toujours pas de la libération d'Ingrid Bétancourt, je n'y croyais plus. Chaque tour de roue amène une nouvelle question. Comment survivre à 6 ans d'enfermement ? Quelle force faut-il pour tenir ?...


Ô surprise, je ne pédale pas depuis une heure que la pluie m'accompagne à nouveau. J'étais prévenue, la route est défoncée de chez défoncée et ressemble à un vaste océan aux vagues modelées. La sympathique symphonie des Klaxons hurlants reprend, normal, j'avance au milieu de la route pour éviter les montagnes russes du goudron. Quelques rayons de soleil parviennent à percer les nuages et me permettent de faire quelques photos de ces dunes vertes (col Xe La à 4400m. !).


J'enchaîne contrôle militaire sur contrôle de police. Tout le monde y passe ! Les motards tibétains me font des clins-d'œil complices aux contrôles.


À Hong Long, je dégouline de la tête aux pieds et suis bien décidée à m'arrêter malgré l'avis des militaires. Je suis à peine engagée sur la rue principale qu'un homme me fait signe sur le bord de la route. Sans hésiter une seconde, je m'engouffre dans sa maison et me réchauffe bientôt près d'un poêle et d'un grand-père à la tresse grisonnante. Au milieu du salon trônent deux immenses portraits du Dalaï-Lama. On m'avait dit interdite la représentation du chef spirituel du Tibet, mais pas un foyer dans ces régions n'en possède une photo... Chaque tibétain arbore même un collier photo du Dalaï-Lama et tous se pressent de me le montrer.

Je dîne en famille d'une soupe de pâtes améliorée et d'innombrables bols de thé au beurre, il va sans dire... puis au lit ! Entre la mère et la fille de 5 ans, qui me regardent longuement à la lueur d'une bougie. Sans doute pour chasser les esprits malveillants...

Hôtes d'un soir à Hong Long

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 15:50

Je ronge mon frein difficilement. Je ne peux rien faire ici : 3 fois, hier, on m'a demandé mon passeport sans raison. 3 fois encore je chargerai Multi, mais la pluie redoublera au moment du départ. Je suis découragée et poursuis ma lecture des journaux français. Les militaires continuent d'investir la ville, accrochent des banderoles aux slogans dissuasifs dans toutes les rues. C'est démonstration de force sur démonstration de force. En face les tibétains observent comme si de rien n'était. Le gouvernement chinois a pourtant rouvert les portes du Tibet aux étrangers depuis le 25 juin !

En fin de journée, je rencontre Lobsan, un des guides que j'avais contacté à mon arrivée. Longue conversation sur ses 10 ans passés en Inde illégalement. Il m'explique le fonctionnement des écoles gratuites créées par la Dalaï-Lama et me raconte son voyage à pied entre Lhasa et le Népal. Il éclate de rire quand je lui demande ce qu'il fait aujourd'hui et me montre sa moto «je vais de copain en copain, il n'y a plus de touristes ici».

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