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L'Oeil Qui Roule

L'Oeil Qui Roule

L'Oeil Qui Roule, les Mureaux-Pékin. Suivez le voyage à vélo de la photographe Camille Fuzier, au long des routes de Chine et jusqu'aux sites des jeux olympiques de Pékin. Elle sera accompagnée virtuellement par la population des Mureaux, au cours d'animations culturelles et sportives.

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Descente sur Luding.

Kangding - Luding. 56km.

Alors que je prévois de rester un ou deux jours à Kangding, base de multiples excursions en montagne et autres, je ne sais pas quelle mouche me pique vers midi, mais je charge à nouveau mes sacs. Ça y est, je veux arriver... Je n'ai ni l'envie ni le courage de m'aventurer vers les lacs d'altitude ou les glaciers multiples de la région.

Descente sur Luding

Je file sans même un tour dans la ville sur une pente balayée par un vent terrible. Je me cramponne à Multi pour ne pas être déséquilibrée et rase les murs quand les camions s'approchent. J'emprunte de longs tunnels pour passer de montagne en montagne, aucun éclairage prévu, je m'accroche à la lumière des phares de camions qui m'asphyxient un peu plus. C'est l'autoroute de montagne version chinoise, la porte du Tibet, la circulation n'a jamais été aussi dangereuse. Ma vague de raz le bol s'amplifie. Multi, à l'unisson de mes sautes d'humeur, se braque et je me retrouve avec la chaîne coincée inexplicablement entre le cadre et le plus petit plateau. Je m'arrête aux abords d'une centrale électrique dont les trois gardes à l'entrée se joignent à moi pour mettre les mains dans le cambouis.

Il nous faudra quand même 2h pour décoincer la chaîne au marteau et au tournevis (après l'avoir préalablement ouverte sur toute la longueur à l'aide du démonte-chaîne !) alors que je n'y crois plus et vois trop de signes dans tous ces enchaînements soudains...



3 gardiens d'une centrale électrique viennent à mon secours



À Luding, j'ai pour mission paternelle de photographier un des plus anciens ponts suspendus au monde, le Chain bridge selon ma carte, construit en 1705. Ce pont de 100 mètres de long est suspendu par des chaînes au-dessus du bouillonnant fleuve Dadu. Luding, petite ville à 1300 mètres d'altitude, est célèbre dans toute la Chine pour avoir été le théâtre de l'épisode souvent considéré comme le plus glorieux de la Longue Marche. Le 29 mai 1935, les troupes communistes découvrirent que le Guomindang avait enlevé toutes les planches de bois et disposé des munitions tout le long du pont. Les soldats de Mao traversèrent alors le pont, suspendus dans le vide en s'agrippant aux chaînes, avant d'aller écraser le Guomindang sur l'autre rive...

Mais je suis trop accaparée par l'idée de trouver un hôtel à Luding pour vraiment m'intéresser à ce pont. Je prévois d'en faire la traversée (on dirait un vrai pont de singes !) un peu plus tard. C'est sans compter sur la loi locale qui m'interdit de séjourner en djaodailsouo ou plutôt qui m'oblige à dormir dans un palace chinois à 800 yuans la nuit dans un décor grotesque ! Je trouve assez facilement de l'aide auprès d'une jeune femme qui parle quelques mots d'anglais. Pendant 2h, nous allons arpenter les rues à la recherche d'un hôtel qui veuille bien m'accepter. Puis une professeur d'anglais et une de ses étudiantes prennent le relais lorsqu'on m'emmène au poste de police pour obtenir une autorisation. C'est niet ! On m'escorte à nouveau au palace je ne sais quoi. Mes nerfs se transforment en pelote de noeuds inextricables. Je laisse la police s'éloigner et je file dans la direction opposée. Arrivée dans un autre hôtel, la patronne me gueule dessus la même rengaine, et la police réapparaît comme si de rien n'était. Je vais jouer au chat et à la souris encore deux heures, avant de céder (je crois que même dormir sous un banc je n'en aurai pas le droit..), excédée et hors de moi. Un officier me demande mon passeport, je lui tends une photocopie, mais non ça ne va pas encore, il faut mon passeport. Je lui rétorque que je ne donne mon passeport à personne et demande à l'accompagner pour faire les photocopies. Retour au troisième hôtel oblige, où je me braque un peu plus avec la réception qui augmente soudainement le prix de 50 yuans ! On passe maintenant à 150 ! J'exige alors qu'on me change tous les draps de la chambre et les serviettes de bain. Mon interlocuteur ravale sa rage mais ne lâche pas l'affaire non plus. Entre temps, j'ai pris un billet de bus Luding-Chengdu, mon point de non retour étant largement dépassé. Le chauffeur se pointe pour m'affirmer que Multi ne rentre pas dans les soutes. Je m'assois par terre. La tête dans les mains, au milieu de ces 10 personnes que j'ai envie d'étrangler une par une.

Je vais craaaaaaaaaaaaaaquer ! Puis je rassemble mon dernier souffle d'énergie, et lui présente un joli sourire crispé «d'accord, mon vélo ne rentre peut-être pas (toujours leur laisser la face...), je vous demande juste de me laisser faire un essai !». Le public prend mon parti et le chauffeur obtempère. Multi passe donc la nuit dans les soutes du bus, qui bien sûr, ne rencontrent aucun problème pour l'accueillir dans leur crasse ! La police me lâche enfin vers 20h45 et j'entre dans ma chambre à 21h.

Épilogue : pour 150 yuans, je n'aurai ni eau pour la douche ni eau pour le WC mais des draps propres, ô miracle. Je prends un escalier de service pour aller manger mon premier repas de la journée et surtout pour ne pas croiser l'accueil sur qui j'ai envie de sauter ! Il m'aura fallu 4h45 pour trouver un hôtel.

Quand j'arrive au pont historique, il fait nuit noire. Je fais vingt pas au-dessus du vide et suis prise de vertige... demi-tour !

Un des plus vieux ponts suspendus au monde, théâtre d'un épisode très célèbre de la Longue Marche

Publié le 07/07/2008 à 15h48 dans 0715

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