L'Oeil Qui Roule

Le soir alors que se prépare un véritable festin en notre honneur, nous parlons longuement sous l'auvent de la maison, auprès du brasero qui nous réchauffe les mains (en hiver les enfants emportent de petits braseros à l'école pour se chauffer).

Plus tôt dans la journée - Les villages Yaos sont perchés à 1000 mètres d'altitude,
pour tout chauffage, le foyer central et des petits braseros


Julie Lu Yin, ancienne institutrice et guide de Pays Miao (petite structure indépendante de Couleurs de Chine, fondée par Françoise pour faire découvrir les peuples Miao, Yao et Dong des "grandes montagnes" Miao) aborde naturellement le thème du planning familial, de la contraception et de l'accouchement. Chez ces peuples, toutes les femmes accouchent seules chez elles, accroupies. "C'est comme faire un gros caca' renchérit Françoise, les citant. Peur du planning familial qui leur fait la chasse pour qu'elles accouchent à l'hôpital et pour contrôler ainsi les naissances, ligaturer les trompes des femmes qui ont déjà eu deux enfants. "Le cisaillage" comme elles disent elles-même dans leur langue. C'est dire les pratiques de certains hôpitaux de campagne. Beaucoup deviennent infirmes et ressentent de telles douleurs qu'elles ne peuvent plus travailler dans les rizières. La chasse orchestrée par le planning familial est devenue très dure ces temps-ci. Avec 50 euros de revenus annuels, les familles sont absolument incapables de payer les amendes exorbitantes de milliers de yuans, alors le gouvernement sévit autrement : quand les femmes n'accouchent pas à l'hôpital, pas d'enregistrement sur les registres, pas de carte d'identité. Ce sont les "enfants noirs" qui se comptent par millions en Chine...

Vieille femme Yao

Avant, le gouvernement se contentait de ne pas octroyer de terres pour les enfants en plus, aujourd'hui ce sont des milices punitives qui s'organisent. Il y a quelques temps cette milice est venue habillée en uniforme, le téléphone Miao avait bien fonctionné, ils n'ont trouvé personne dans les villages. Alors ils sont revenus plus tard, déguisés en paysans. Les Miao les attendaient pour les attaquer à coups de machettes. Tous les agents du planning familial sont partis à l'hôpital. Ce qui je pense, doit contribuer à faire perdurer le sentiment que les Miao sont de véritables barbares sanguinaires, au delà du fait d'être des "meiyou wenhua" (personne de langue chinoise, qui n'a pas été à l'école, n'a pas été civilisée - F. Grenot-Wang, "Une française en pays Miao").

Minze, un des porteurs de pays Miao, ancien instituteur également (pardon pour la phonétique, je n'ai pu écrire la traduction pinyin de tous les prénoms) a une petite fille de trois ans. Sa femme attend leur deuxième enfant. Si c'est une fille, il ne sait pas. Sa femme veut s'en "séparer". Il ne veut pas savoir, il partira loin et reviendra après... Lu Yin ajoute "ici, à la campagne, quand on n'a pas d'enfant mâle, personne ne vous respecte".

Le repas est un vrai régal, ponctué de poésie improvisée chantée sur la même mélodie, à grand renfort d'alcool de riz, ‘changyangjiu', et de "ganbei". L'alcool de riz est toujours un moment de partage et de convivialité. Peut-être se mettent-ils sous la table à certaines occasions, mais c'est toujours ensemble, jamais seul !

Une soirée arrosée chez les Yao - L'alcool de riz incite à la convivialité et inspire
les poésies chantées et improvisées


Je retiendrai la plus belle sortie de l'instituteur chez qui je serai accueillie pour la nuit "si ma femme ne me donne pas d'argent, je ne peux pas fumer, alors je regarde le ciel". Chez les Yao, la femme occupe une place égale à l'homme et les enfants portent le nom de la mère, contrairement aux Dong et aux Miao, chez qui les femmes occupent le second rang, voire...

Mar 22 avr 2008 1 commentaire
tu escalade les montagne
christopher des simpson - le 28/05/2008 à 15h50