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Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /Juin /2008 09:35
Xiangcheng 2875 m. Alt. - ma cabane abandonnée à 4180m. d'altitude. 57,65km.

Je quitte Xiangcheng sans me retourner sinon pour photographier les champs de blé dans la vallée. Au pont, à la sortie de la ville, l'altitude est de 2760 mètres. A partir d'ici je dois remonter 2000 mètres de dénivelé pour atteindre le plus haut col de ce voyage à 4725 m d'altitude. Mmmmmmh ! Ça s'annonce bien, n'est-ce-pas ?



En quittant Xiangcheng



Il fait étonnamment chaud encore, je gagne à peine 200 mètres sur les premiers 30 kilomètres en suivant la rivière, puis la pente change radicalement d'aspect et oscille entre 5 et 7%. À chaque mètre, j'ai l'impression que mon cœur va exploser. Ah je suis loin des jours derniers et de mes pauses tous les 5 kilomètres ! Ici, je m'arrête le pouls battant tous les... 1 kilomètres. Pourtant ce n'est pas l'altitude, je ne suis pas encore assez haut, mais la combinaison chaleur-raideur gagne du terrain sur ma forme.

À 3800 mètres, je trouve une rivière paradisiaque, un coin de camping loin des regards et j'imagine déjà passer la fin de l'après-midi les pieds dans l'eau avec un bouquin. Mais je me ravise à la énième lecture du roadbook et me remotive pour continuer. La circulation est quasi nulle, pas l'ombre d'une présence humaine. Au début de la côte, un genre Espace s'est pourtant arrêté et son chauffeur m'a proposé de nous emmener à... Litang avec Multi. La tentation était grande mais je n'allais pas céder aussi facilement alors que je commençais à peine l'assaut de cette montagne tant rêvée...

Je décide d'aller jusqu'à 4180 mètres d'altitude pour aujourd'hui et garder le col pour demain. Mais ces derniers kilomètres se font désirer et le ciel noircit à vue d'œil. Le vent s'est levé et me pousse en sens contraire. «Non, tu n'y arriveras pas, non tu n'atteindras pas la maison de cantonniers...» me souffle-t-il par bourrasques. Je repère plusieurs endroits pour camper au cas où la caserne du service routier serrait déserte, mais, ça y est, je vois la fumée qui s'échappe du toit ! Et les premières gouttes tombent.



Je croise ma première caravane de Yaks



Lorsque j'arrive devant le bâtiment, que dis-je la masure, j'ai l'impression d'être devant un paysage de désolation ravagé par quelque bombardement ou incendie. La maison est au ¾ détruite, taguée dans tous les sens, un cadenas tout rouillé retient l'accès du portail brinquebalant. J'appelle, je crie, je hèle... personne ! La pluie entre maintenant dans mes chaussures, il est 19h45, dans moins d'une heure c'est la nuit et tous mes coins camping sont détrempés...

Arrive alors l'homme des bois, sorti de nulle part. Un nomade tibétain dont j'ignore encore le campement. J'essaie tant bien que mal de lui demander si je peux dormir là, s'il y a des gens qui habitent l'endroit... Je reçois pour toute réponse un maugrément et un signe de tête me désignant l'autre cabane en dure abandonnée qui jouxte celle des cantonniers. Alors là, c'est Beyrouth ! Je me demande même si je ne vais pas trouver un cadavre de... bête ou des rats par milliers à l'intérieur. Tout a brûlé, restent des murs noircis, une porte à 2 battants qui claque, des fenêtres ouvertes à tout vent où de grosses pierres sont empilées en guise de paravent.

Après les fleurs, les ponts...

Je rentre m'abriter avec Multi et reste interdite, roulant des yeux aux quatre coins de la «pièce» pendant que la nuit tombe. Au moins je suis au sec ! La pluie s'infiltre par un trou central, réservé autrefois à l'évacuation de la fumée. Les murs sont couverts de suie mais ça ne sent pas mauvais, premier bon point.

Passée mon hébétude, il est temps de réagir, je vais prendre froid. Je décharge Multi, qui lui non plus ne passera pas la nuit sous la pluie, le gare et le cadenasse contre un mur sombre. Quant à moi, je m'équipe de polaires de la tête aux pieds, sans oublier mon faux bonnet péruvien. La perspective de dormir sur mon matelas à tenter d'échapper aux rats ou autres bébêtes du même genre ne m'enchante guère, je me transforme alors en MacGiver féminin et monte ma tente à l'intérieur de ma demeure princière destroy. Je fixe le tout à des grosses pierres laissées là et le tour est joué !

Camping d'intérieur

Repas frugal avant de m'enfouir sous mon sac de couchage. Je me fais petite comme une souris (qui finalement ne doivent pas aimer l'altitude car je n'en entendrai pas une), évite toute lumière car maintenant je n'ai pas du tout envie d'être délogée.

Et la nuit passe, peut-être pas celle de mes rêves, mais à l'abri de l'orage qui gronde à 4180 mètres du niveau de la mer...

Par Camille
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