Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /2008 14:08




Pékin.


Dès le lendemain de mon arrivée, je pars en repérage sur les sites des J.O. avec Amélie, Multi et un nouveau venu, Little Blue Multi. En effet Multi a accouché d'un petit bleu, modèle réduit pliable, 7kg tout nu, qui voyagera par bateau pour son lent retour en France. Nous admirons avec force oooooh, waouuuuh, et encore aaaaaaah, les différents ouvrages mirobolants spécialement conçus pour les J.O., entourées de centaines de pékins qui ne se lassent pas de photographier le Nid d'oiseau, véritable cage d'acier que l'on aperçoit derrière un grillage haut de quatre mètres. Sans oublier la présence de policiers postés tous les cent mètres.



Little Blue Multi



Le ton est donné ! Vive la parano sécuritaire des Jeux Olympiques. Le Main Press Centre ou MPC pour les initiés, est surréaliste de grandeur (plus grand centre de presse de toute l'histoire des J.O., restaurants, piscine, salon de coiffure, essentiel pour la radio, salles de gym et j'en passe...). 22 000 journalistes sont attendus et pourront travailler en liberté surveillée depuis le bunker noir (le centre web, si j'ai bien compris..), quel symbole, alors que la polémique sur l'accès limité à internet fait rage en Occident.

Le bunker du centre de presse web

Nous circulons presque seules sur ces immenses avenues et contournons le village olympique sans être inquiétées, véritable ville dans la ville ou seront choyés plus de 10 500 athlètes. Il sera si inaccessible quelques jours plus tard que nous le rebaptiserons Forbidden City. Je pensais le repérage expédié en 2h, mais il nous faudra presque la journée. Sur le retour une belle rencontre sous forme de sourires lumineux, Mr Cheng, barbe blanche, 53 printemps et son Multi à lui, un rickshaw. Depuis sept ans, ils parcourent la Chine. 65 000km au compteur, pas une vitesse sur son tricycle d'un autre temps, huit mois pour traverser le Tibet à la seule force des ses bras (il tire son tricycle a l'aide d'une corde qu'il passe sur son épaule !), pas une nuit d'hôtel car la banquette de son engin lui suffit, même par -25 degrés dans le désert du Taklamakan. Et que ferez vous à la fin de votre voyage à Taiwan ? Je pars à la découverte du monde sur les 20 prochaines années. Illuminé ou grand sage ? Je suis littéralement soufflée.

Mr Cheng et son rickshaw, et Yu, un des 400 000 jeunes volontaires de Pékin 2008

Plus loin sur le chemin, je m'approche d'un groupe de jeunes tirés à quatre épingles avec leurs tenues olympiques flambant neuves : Yu a 21 ans, il est l'un des 400 000 volontaires qui arpentent les rues de Pékin. Étudiant de High-school trié sur le volet, il a reçu une formation d'un mois et vient d'entamer ses deux mois de travail au service du public et des touristes. Il parle anglais comme la plupart des jeunes engagés et ponctue ses phrases de «it is all my pleasure». Son espoir ? Ne pas être «on duty» vendredi 8 au soir pour assister à la cérémonie d'ouverture.

Le long des avenues olympiques

Jeudi sera plus culturel. Sous un soleil de plomb et un ciel dégagé (résultat de la circulation alternée ? Des 200 usines fermées depuis 15 jours ?), nous nous dirigeons vers 798, haut lieu de l'art contemporain à Pékin. Il y a quelques années, des jeunes artistes ont investi une ancienne usine d'électronique vouée à la destruction. Aujourd'hui les prix des toiles atteignent des sommets. Si ce n'est le lieu atypique, je suis assez déçue de ce que je vois parmi une ribambelle de restos et cafés à la mode et très chers.

Mes nuits sont-elles plus belles que mes jours ? Je ne sais pas... en tout cas, bien remplies et peu reposantes. Je fais la fermeture et l'ouverture de l'auberge à 5h du matin. Au détour d'un hutong, ces anciennes ruelles de Pékin dont il ne reste que quelques exemples relookés pour les touristes (construites au lendemain de la destruction de la ville par Gengis Khan, c'était l'âme même de la capitale, mais ce vieux Pékin n'est plus à l'ordre du jour pour un gouvernement qui veut briller par la renaissance et l'ultra modernité de sa nouvelle capitale lustrée), je rencontre el Charro Ferrari, personnage haut en couleur, mexicain de son état. Nous l'aidons à trouver une connexion wifi car sa vie semble en dépendre ! En effet, tifosi ferrari, le grand prix de Hongrie a lieu demain et il doit voir les qualifications en direct. Pour la petite histoire J.O., il est en vacances un mois à Pékin et s'occupe de l'animation des nuits de l'équipe mexicaine !! Nous échangeons emails et contacts. Mes nuits seront bien plus longues que mes jours...



El Charro Ferrari



Dimanche, c'est l'heure du retour pour Amélie, vers son port d'attache, Guangzhou. Avant cela cependant, petit pèlerinage à Tianjin, à 1h30 de Pékin, la ville où elle a fait ses études. Je l'accompagne et visite son université de long en large et en travers. La police, qui m'aime décidément trop, m'accueille le soir et m'emmène faire un petit tour pour me lâcher dans la nuit à 2h, au milieu de nulle part. Contradiction toute chinoise.

Je suis malade depuis trois jours. Il a fallu que j'arrive dans un Pékin nettoyé, poli, léché pour tomber malade. Intestins ou estomac, je ne sais plus, mais je rejette tout et mes yeux se marquent de longues cernes noires. Heureusement les chinois sont toujours là pour m'aider, et m'emmènent voir un médecin qui me remplit les mains d'herbes et pilules miracles.

Un autre personnage excentrique des rues de Pékin

Jeudi, veille du grand jour pour un milliard et trois-cent millions de chinois, et pour un gouvernement que j'ai pris en grippe un peu plus ces derniers jours. La Chine a d'ors et déjà gagné son pari. La ville est métamorphosée, plus propre même que la ville de Zurich, c'est dire. Des milliers de volontaires, brassard rouge au bras, épaulent policiers et militaires déjà disposés tous les 50 mètres (tous les 15 dans les lieux les plus touristiques). Ils sont invités à signaler tout individu «cheveux long, manches longues» entre autres (véridique !). La flamme olympique continue sa tournée dans la ville pendant que je me retranche derrière mon ordinateur. Les dernières répétitions de la cérémonie sont lancées, même la batterie de missiles sol-air est fin prête aux abords du Nid d'Oiseau.

(cette photo n'est pas de moi - crédit inconnu)

On m'invite à assister au documentaire Blue China, de Micha Peled, dont le tournage a été plusieurs fois interrompu par la police. Dès les premières images, je replonge dans ces histoires entendues en pays Miao, celles de milliers d'adolescentes paysannes déracinées, envoyées fabriquer les jeans pour le marché occidental. Ironique, je glisse à mon voisin «je sais qu'ILS sont là... l'un de ces chinois qui veillent sur notre sécurité mentale». Ô surprise, quelques vingt minutes plus tard, bruit d'explosion, le film est coupé. Les organisateurs ne parviendront jamais à rétablir l'électricité. Si les mots sont à l'apaisement, nos regards échangés en disent longs...

La vie continue...

Dans moins de 24h, le rideau tombe. Place à ce qui devrait être un grande fête pour des millions de chinois. Pourtant, l'ambiance festive est bien la grande absente de ce grand show médiatique que la télévision chinoise passe en boucle. Impossible d'obtenir des informations concrètes sur la possibilité de voir la cérémonie d'ouverture en public sur grand écran. Les habitants sont priés de rester chez eux, le travail à la maison a même été encouragé ces derniers jours.


Les palissades qui recouvrent les murs de la ville des quelques quartiers encore en reconstruction pourront continuer à afficher leur slogan utopique, "One World One Dream", ce soir pour des centaines de pékinois c'est plutôt "Forbidden City One Nightmare"...

Par Camille
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