Dimanche 27 juillet 2008 7 27 /07 /Juil /2008 15:45
Jinshangling.

Samedi, je m'octroie une journée de vrai repos dans mon bungalow sympathique. Je dépareille un peu avec la clientèle qui me zieute bizarrement et passe une bonne partie de la journée au lit. Résumé du tour de France en chinois : ces coureurs vont presque aussi vite en montée que moi en descente !! Cependant aucun n'a un vélo à la hauteur de Multi, c'est chose sûre...

180 millions mètres cube de terre seront utilisés pour ces fondations...

Dimanche, je suis levée aux aurores. Equipée de trois litres d'eau, je gravis les premières marches de la grande muraille à 6h du matin, avec pour toute compagnie, le chant bruyant des grillons, jamais aphones. 5h30 de marche sur ce bel et authentique tronçon de la grande muraille entre Jinshangling et Simatai me permettent d'admirer plus de 30 tours de guet et des pans de muraille qui s'écroulent, pillés par plusieurs générations de chinois pour construire leur maison. Seul regret cette brume de chaleur qui mange le paysage dès l'aube. Impossible alors de distinguer une montagne, et je ne vois pas plus loin que la tour de guet suivante. Quel dommage quand on connaît le paysage qui s'étale sous nos pieds par temps dégagé !

...la grande muraille serait également le plus grand cimetière au monde...

Enfin... me voilà grimpant sur le fil de l'Histoire des escaliers si raides que les mamies chinoises (et autres d'ailleurs) doivent en rester sur le carreau (j'aurai des courbatures du siècle le lendemain; comme quoi, les muscles utilisés pour le vélo ne sont pas les mêmes que ceux pour la marche !).

Si un jour on m'avait dit que je serais seule sur la grande muraille, jamais je n'y aurais cru ! Mais je suis bien là, suant et soufflant, à poser mes pieds dans les pas de millions de personnes avant moi, le regard tourné vers une Histoire deux fois millénaire. «Le dragon de 10 000 lis» serpente à perte de vue sur plus de 6700km, des confins du désert de Gobi jusqu'au golf de Bohai à l'est. Pourtant la grande muraille n'est pas un long chemin mais un ensemble de fortifications édifiées en différents endroits par des empereurs successifs pour se protéger des incursions nomades.



Construite à l'origine en 1368, sous la dynastie des Ming, par le general Qi Jiguang, la grande muraille à Jinshangling sera reconstruite en 1567



Débutée il y a plus de 2000 ans avant J.C. sous la dynastie Qin, sa construction fut remaniée par les Ming. Craignant par-dessus tout un retour des Mongols, ceux-ci recouvrirent l'ouvrage de briques cuites et de dalles de pierres. Aux 180 millions mètres cube de terre utilisée originellement, s'ajoutèrent 60 millions de mètres cubes de matériaux et des milliers de corps d'ouvriers. Haute d'une dizaine de mètres, la muraille des Ming, celle que l'on visite aujourd'hui, est constituée de centaines de forteresses, portes et passes, parsemées de milliers de tours de guet. Mais elle n'a jamais réussi à repousser les envahisseurs. Gengis Khan se plaisait à dire que la solidité d'un rempart dépend du courage de ceux qui le défendent. Or les sentinelles étaient corruptibles... en revanche un système de signaux de fumée, grâce aux crottes de loup brûlées, permettait de transmettre très rapidement les informations à la capitale. De même que cette route surélevée fut un moteur économique important, permettant aux caravanes de circuler d'Ouest en Est en toute sécurité.

Retour vers le futur, il est 11h, les premiers touristes pointent leur nez, je rebrousse chemin sans avoir atteint Simatai, ce qui m'évite de payer un deuxième droit d'entrée.

Vers Simatai, certains pans de la muraille s'effondrent progressivement

Fin d'après-midi à m'amuser avec les vendeuses de bibelots et autres souvenirs «great wall». Je feuillette tous leur livres, histoire de contempler en images ce que je n'ai pu qu'imaginer. Puis je me prépare mentalement pour mon départ vers Pékin le lendemain.

Par Camille
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