Mercredi 23 juillet 2008 3 23 /07 /2008 19:25
Huai An Xian - Long wen. 82,73km.

La journée d'aujourd'hui commence par 40km de nationale au trafic intense. Ça sent l'arrivée à Pékin... Les premières usines gigantesques s'annoncent en pleine ville de Zhangjiakou où je passe sous les milliers de câbles à haute tension de la centrale électrique locale. D'énormes volutes de fumée blanche s'élèvent dans le ciel comme d'immenses nuages. La route est noire de suie, 50 camions surchargés de charbon attendent leur tour pour livrer leur précieuse marchandise à la Zhangjiakou Power Plant. La Chine est le premier producteur et le premier consommateur mondial de charbon, l'une des sources d'énergie les plus polluantes, qui fournit 70% de ses besoins en la matière.

Une cinquantaine de camion livrent le charbon à la centrale électrique de Zhangjiakou

Bientôt, je me félicite de mon itinéraire car en virant plus au nord, je retrouve la campagne et ses champs de maïs puant la fiante de poulet ou l'engrais fait à base d'excréments de cochons ! Y'a pas à dire, la bouse de vache est un vrai régal olfactif en comparaison !

J'ai besoin de me divertir juchée sur ma monture préférée, alors c'est le jour des comptes. Je m'amuse à calculer le nombre de litres d'eau bus pendant ce voyage, ces derniers jours détenant le record haut la main, le nombre de coups de Klaxon par heure, sachant qu'un camion sort sa corne de brume environ dix fois par véhicule ou objet roulant croisé... Ou bien encore le nombre de mètres de dénivelés, d'heures d'insomnie, de kilomètres de pâtes avalés, de grains de riz engloutis... Mais ma tête n'ayant pas de fonction calculatrice intégrée loin de là... Je baisse les bras devant cet effort mathématique surhumain. En attendant je passe à la 57ème chanson de la journée sur mon iPod ! Alors que j'espère un coup de fil de France, le portable tombe de ma poche et passe sous les roues d'un camion. Il est difforme, presque inaudible mais faudra qu'il tienne encore jusqu'à Pékin !

17h30, il fait exactement 37,8 degrés, je suis comme un esquimau abandonné sur une serviette de plage : je coule, goûte, fonds, me liquéfie et stoppe une énième fois près d'une station service pour me doucher habillée ! Quinze kilomètres de côte tranquille jusqu'à Long Wen encore, mais depuis ma descente des montagnes, les côtes si petites soient-elles me sortent par les yeux...

La chaleur assome hommes et bêtes

La jeune fille du restaurant qui jouxte la station m'offre l'hospitalité. J'accepte toute tremblante en pensant déjà à la police puis je m'offre un pantagruélique dîner à 18h. Les visages sont tout sourire, on tente la conversation à travers mes phrasebook et autre... tiens, on me demande mon passeport ! Curiosité toute chinoise... la présence masculine s'est renforcée tout à coup. Mon regard s'éveille, mon instinct guette... Ces cols blanc, ces souliers noirs, je ne les connais que trop. Nooooon, ils sont déjà là !! Mais comment me dis-je bêtement... comment au milieu de ce rien ?? Je suis étonnement calme, résignée...

L'entrée en matière est plus... civilisée. Une prof d'anglais a été déléguée pour faire la traduction des neuf policiers en civil et autres personnes du gouvernement. Avec un large sourire, on m'explique qu'on va nous conduire à la prochaine ville. Ici ce n'est pas un endroit pour moi, la sécurité et blablabla... Je n'oppose aucune résistance. Cette fois encore, le dîner est offert. Je commence à penser que les restaurateurs y sont contraints par la police. J'embarque, nous embarquons dans un 4x4, un deuxième nous devance alors que 3 berlines haut-de-gamme nous suivent. Je pense en blanc... le grand vide dans ma tête. Je souris et dis oui à tout ce qu'ils m'expliquent en voiture. J'obtiens de pouvoir m'arrêter à Long Wen et non dans la grande ville qu'ils souhaitent car c'est au delà de mon itinéraire. Là, je suis remise entre les mains d'autres officiers encore, dont un petit râblé, qui parle le chinglish. Cette homme restera un mystère jusqu'à la fin : affable et presque sympathique, je vais passer presque 16h avec lui à mes côtés ! Questions sans fin surréalistes, la taille et le nombre de mes sacs l'intriguent... on me complimente (you so fantastic, you great...), m'offre thé et repas à nouveau, alors que les questions continuent de pleuvoir. Je ne suis toujours pas enregistrée à l'accueil. Vers 22h cinq nouvelles personne dont un monsieur directement sorti du troisième Reich font leur entrée. Mêmes questions, mêmes réponses. J'ai l'impression de jouer un jeu d'échecs dangereux avec eux, alors même que je n'ai rien rien à me reprocher ! Toutes ses fins de phrases sont ponctuées de «chinese people are very friendly». Mon visa est à nouveau le sujet de maintes interrogations. Personne, personne dans ce pays n'en comprendra les tampons... Alors que c'est si simple. 23h, je tombe de sommeil. J'entends enfin l'explication que j'attends depuis des jours... Les J.O., la sécurité... votre passeport est en règle, il n'y a pas de problème alors ! Il est décidé que mon petit bonhomme râblé dormira dans la chambre à côté, m'emmènera petit déjeuner et m'escortera sur les premiers kilomètres. Je crois rêver, mais j'évite d'être mise d'office dans un véhicule et emmenée plus loin, grâce à mon véritable plaidoyer «Multi, c'est ma vie. Je ne peux pas terminer mon voyage en voiture, je perdrai la face... etc. ...», et ça je sais que tout chinois y est sensible... L'éternel souci de la face !

Je fais des rêves de gestapo la moitié du restant de la nuit...

Par Camille
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