Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /2008 15:23
Jining - Xing He Xian. 84,14km.

Mes maux musculaires mystérieux se dissipent peu à peu sans remède ni incantation. En revanche, la température augmente de jour en jour, le soleil étant à peine supportable après 8h le matin. Je dois pourtant l'affronter des heures durant en pleine face généralement. Mes journées défilent et se ressemblent. Départ à l'aube, pause à l'ombre au plus chaud de la journée, litres d'eau ingurgités et litres d'eau déversés sur ma tête brûlante. Au fil des kilomètres je repasse mon voyage dans ma tête et prend la grave et sage décision de mettre mes rêves en suspend. Le Taklamakan attendra encore...


Ça fait des jours que ça me trotte dans la tête, des jours que je pense à un passage à vide provisoire, des jours que mes proches me suggèrent de me reposer à Pékin, la suite on verra. Mais Pékin sera tout sauf repos et doigts de pieds en éventail, je le sais, le sens au plus profond de moi. D'autre part, le temps ne sera pas à la réflexion car pour m'éviter un cauchemar bis en train et avoir une couchette dure pour les 48h de rail jusqu'à Urumqi, capitale du Xingjiang, lointain ouest chinois, je dois m'y prendre dès mon arrivée, de même que pour mon visa kirghize qui manque encore a l'appel... Tout est histoire d'énergie finalement. L'essence du rêve subsiste, celui-ci étant bien ancré sur son piédestal, mais l'énergie, le carburant du rêve, fait défaut. Je me sens vidée, lasse, et ce voyage , qui devait être MON voyage (comme si j'avais été absente de ce premier !...), est au dessus de mes forces. Le temps me semble trop court pour atteindre la frontière si ce n'est dans une course effrénée contre la montre, et dans ces conditions, je ne peux plus. Bien sûr, je pourrais pousser le train jusqu'à Kashgar, mais alors j'entame le rêve... «Mets tes rêves de côté si tu n'as pas l'énergie Camille» m'a dit une amie de l'autre côté de la terre. Message reçu et intégré. Je rentre en France après Pékin me ressourcer auprès de ma famille et mes amis, apprendre des rudiments de russe et de ouïgour, pour le prochain voyage... Décision prise, un grand poids s'évapore et je pédale en paix vers cette grande muraille dont je dois croiser la route dès demain. Les événements des prochains soirs vont conforter ma décision, je dois quitter la Chine si je ne veux pas «prendre 5 ans», comme s'inquiète mon frère !


A Xing He Xian, une employée de station-essence me guide vers un hôtel. Je m'empresse de sauter dans la douche froide, faire redescendre la température de mon corps surchauffé, mais bientôt une des hôtesses entre dans la douche, je lui dis de patienter, que je termine et descends à l'accueil. 1 minute 30 plus tard, la patronne, hystérique, fait irruption à son tour dans ma douche. Elle gesticule dans tous les sens. Je tente de fermer la porte pour m'habiller, elle la bloque. Je m'énerve et lui demande de me laisser m'habiller en paix où alors je descends toute nue ?!! De retour dans ma chambre, nouvelle irruption dans la chambre. Comme je crois toujours que c'est pour payer un supplément pour la douche, je suis excédée. Mais surprise, cols blancs, pantalons noirs, chaussures cirées, lunettes noires et surtout clope au bec, entrent sans gêne dans ma chambre (j'ai toujours la serviette autour de la taille...). Police ou pas, je pousse ce joli monde en dehors de la pièce et enfile mes vêtements enfin. «You, stay no hotel». La moutarde me monte au nez, je refuse de comprendre l'incompréhensible, je leur claque la porte au nez, refais mes sacs, charge Multi et part sans un mot, foudroyant du regard la patronne qui ricane avec la BSP.

Je trouve refuge près de la station service, mais déjà la police accourt. C'est bon, c'est bon, je quitte votre ville de m... (il est 19h passé, c'est malin) mais avant laissez moi manger ! Petit resto où l'accueil tranche avec les dernières minutes vécues. Mais déjà, l'officier lunettes noires débarque avec du renfort. J'ai maintenant vingt personnes qui me regardent manger, une autre qui m'explique en anglais que pour ma sécurité, je ne peux rester dans cet hôtel. Un éternel "pourquoi ?" me brûle les lèvres mais je réussis à les cadenasser. À quoi bon... l'officier m'assure me conduire dans un hôtel autorisé pour moins de 30 yuans. Je quitte donc le resto où le patron vient de m'offrir le repas, encadrée par la police une fois de plus.

L'accueil du restaurant tranche avec le précédent

Surclassée dans un hôtel de gamme chinois, je pense enfin me poser. Ah mais je n'ai pas du tout compris ce qui m'attend : on me guide vers la chambre, là, 5 policiers en civil, plus le voisin de chambre qui a flairé le spectacle, me suivent et s'affalent littéralement sur les deux lits de la chambre, enlèvent leurs chaussures et cigarette sur cigarette, me font subir un interrogatoire en bonne et due forme pendant... 2h33mn !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! D'où je viens (5 fois que je le répète), où je vais (leur montrer une carte, c'est leur parler de la lune), où sont mes amis, pourquoi je ne suis pas avec eux, si j'ai des amis en Chine, comment je les connais, pourquoi je voyage en chine, quel est mon métier, quand je suis arrivée, pourquoi je suis revenue par Kunming et j'en paaaasse. Je suis vidée, d'énervement et de fatigue et ne le cache pas. Ils quittent la chambre et leur traducteur avec, me laissant trois numéros de portable pour les joindre en cas de problème. Bien sûr, comptez sur moi !

Par Camille
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