Samedi 5 juillet 2008 6 05 /07 /2008 09:56
Mes nomades - Yajiang. 62,32km.

Au matin, le roi soleil tarde à s'imposer sur ce royaume du vent. Le froid attaque toutes les extrémités non couvertes. Je peine à quitter la chaleur du poêle et n'ai aucune envie de quitter ces nomades des temps modernes. Après la traite, Tsijiyungzang se pomponne. À mon grand regret, elle cache ses pommettes couleur rouge-brun sous une couche poupée de cire impressionnante. Les hommes troquent la parka contre le cuir, les chaussures boueuses et bousées pour des bottes de sept lieues. Je pense au grand départ mais non, c'est juste par coquetterie et envie d'élégance. La Jeune femme au regard doux a la joue toute enflée. Je vois surtout qu'elle souffre en silence et vais employer les heures suivantes à lui dire que l'infection peut être grave et qu'elle doit voir absolument un dentiste. Lobu décide alors d'emmener sa femme à Kangding le jour même et me propose de faire partie du voyage. Je me sens tellement bien avec ces gens que j'arrive difficilement à dire non; je veux prolonger ces instants partagés si précieux. Pourtant en début d'après-midi Lobu m'explique qu'il attend la venue de son père pour lui prêter de l'argent, ils ne partiront donc que demain. Je quitte alors mes hôtes à graaaands regrets, sans même pouvoir fixer un rdv à Kangding car ni eux ni moi ne savons où nous atterrirons...

Vers 13 heures, je quitte avec regrets mes nomades des temps modernes

Tsijiyungzang m'accompagne jusqu'au bord de la route, je lui glisse un billet de 50 yuans dans la poche pour le dentiste, elle refuse tout net pensant que je la paie pour la nuit, j'insiste, la seconde d'après elle me sert dans ses bras à ma grande surprise ! Nous échangeons encore un long regard en guise d'adieu alors que la moitié du campement accourt et me regarde m'éloigner.

Prairie de bord de route

L'après-midi j'enchaîne col sur col sur une route en corniche. Je croise le premier d'une longue liste de cyclos chinois en route pour Lhasa. Celui-ci ne décolère pas : «personne ne parle mandarin dans ce pays !!», je rigole en silence pendant qu'il me photographie sous toutes les coutures.

Totem routier ? Signalisation tantrique ?

Le dernier col avant les 29 kilomètres de descente sur Yajiang est fièrement annoncé à 4659 alors que son altitude n'est que de 4445 mètres. Chinois et record vont de paire. Je sais que si je leur montrais le meilleur GPS du monde avec le BON chiffre, ils afficheraient toujours leurs cols à la hauteur du plus proche pic rocheux ! Au col donc, je découvre mes premiers sommets enneigés au loin, ceux qui m'ont tant manqué sur cette route Zhongdian - Litang. Ma route me rapproche d'eux même si je vais perdre presque 2000 mètres d'altitude jusqu'à Yajiang et les voir disparaître après seulement quelques kilomètres.

Les chinois sont un peu marseillais, c'est bien connu

J'arrive à la ville vers 20h et mes ennuis commencent dès l'entrée avec un sempiternel contrôle de passeport. Ma colère est palpable, je ne jette pas un regard aux militaires et m'exécute. Puis un militaire modèle réduit arrive, tout mignon tout gentil et s'adresse à moi dans un anglais parfait. Je remballe ma grogne et oui, lui répond que c'est la première fois que je viens à Yajiang. J'ai donc droit, hélas, à tous les honneurs soudains : après 45 minutes d'attente, deux voitures de police, une jeep militaire m'escorte sous haute protection dans les hauteurs de la ville. RIDICULE. Cette situation jamesbondoburlesque me rappelle fortement le zèle des policiers algériens a Ghardaia en 1994...

Descente sur Yajiang le jour déclinant

Évidemment, des tibétaines m'offrent l'hébergement à grands gestes, mais je n'ai plus d'autre choix que suivre ces autorités locales, qui restent bredouilles dans leur quête d'hôtel ! À n'y rien comprendre !

Finalement je suis parquée dans des bâtiments du parti communiste ou de je ne sais quel organisation étatique. On me conseille de ne pas sortir ce soir, «c' est dangereux ici» ( toujours la guerre contre les yaks...), les bras m'en tombent mais je dors déjà debout après ma sombre découverte de la porcherie des toilettes communes féminines...

Par Camille
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