Lundi 30 juin 2008
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15:47
Je me lève bien décidée à passer outre la présence militaire et grimpe à la grande Lĭtáng Chöde Gompa, lamaserie tibétaine construite pour le 3ème Dalaï-Lama (1543-1588) . En m'écartant du centre
ville, j'espère ainsi me «débloquer» et oublier les regards insistants de certaines personnes.
Une
longue ceinture de remparts surmontés de stupas ou chortens entoure la Lĭtáng Chöde Gompa, lamaserie tibétaine construite pour le 3ème Dalaï-Lama
Avec ces nonnes et cet
enfant, nous suivons la khora, le chemin des pierres
Je porte en bandoulière la sacoche contenant mon appareil argentique et le numérique autour du cou. À la hauteur du monastère, je me mêle aux pèlerins, personnes âgées, femmes et enfants et nous
tournons autour des remparts qui ceinturent la Lĭtáng Chöde Gompa.
Ici aussi,
on récite le mantra universel en tournant autour du chorten dans le sens des aiguilles d'une montre
Prières tibétaines gravées sur des pierres entourant les chortens
Selon la règle, on doit marcher dans le sens des aiguilles d'une montre, en tournant le moulin à prières dans le même sens et en répétant le mantra universel : «aum mani padme aum». C'est la Khora,
le chemin des pierres. Ces gestes sont le quotidien de milliers de pèlerins bouddhistes tibétains. J'emboîte le pas de petites vieilles tout sourire et réalise enfin mes premières photos de Khampas
(habitants du Kham).
Une nonne
tibétaine au crâne rasé
À la descente, je suis lancée et passe la reste de l'après-midi au milieu des joueurs de cartes, à l'arrière des boutiques où les moines viennent choisir leur nouvelle tenue, auprès des jeunes à
l'affût des lunettes dernier cri et surtout, au centre du marché de Cordyceps Sinensis, ce fameux champignon parasite de vers et puissant stimulant général des fonctions physiques et
intellectuelles au même titre que le Ginseng. Un seul de ces champignons qui se présente sous forme de long fil de 3 à 4 millimètres de diamètre peut atteindre le prix faramineux de 100 yuans et 30
euros au Japon !!
Au marché du Cordyceps
Sinensis
Utilisé depuis plus de mille ans dans la médecine chinoise, il était réservé autrefois au Dalaï-Lama, tandis qu'en Chine, seuls l'Empereur et sa cour avaient le droit de le consommer. Vue sa
rareté, des armées pouvaient même être mandatées pour aller le cueillir sur les hauts sommets montagneux du Tibet.

Le Cordyceps Sinensis attire l'attention de l'occident seulement dans les années 90, quand le succès d'
athlètes chinois aux Jeux Olympiques lui sera attribué...
L'attroupement auprès des vendeurs, professionnels ou nomades descendus des montagnes, est impressionnant. Les uns agitent des mini balances pour peser leur précieuse marchandise, d'autres,
esseulés, tenteront bien de m'en vendre quelques uns...Réflexion faite, j'aurai peut être du en acheter 1 ou 2 pour améliorer mes performances physiques et ma motivation, qui vont se faire peau de
chagrin les prochains jours... !
Le Cordyceps Sinesis peut atteindre des prix astronomiques au Japon et se vendre sur ce marché jusqu'à 100 Yuans la pièce !
Plus tard, on m'expliquera que c'est la fin de la saison. Les familles nomades font leurs comptes, la scolarisation de certains enfants dépendant entièrement de la récolte et de la vente de ce
précieux trésor. Ce sont d'ailleurs souvent les jeunes qui récoltent le champignon miracle, tout en veillant sur le troupeau de yaks...
En fin de journée, j'assiste depuis la terrasse d'un restaurant à un spectacle d'un autre genre : pendant plus d'une heure, je verrai défiler 108 camions militaires suréquipés (je lis ce matin...
16 juillet, dans la presse occidentale que les journaliste dépêchés à Lhasa, ont constaté un renforcement considérable de la présence militaire sur la route Chengdu-Lhasa). Un véritable
débarquement. Je m'abstiens de photographier mais les compte un à un, ce qui ne passera sans doute pas inaperçu... Lendemain et surlendemain, la même scène se reproduira comme si l'affrontement
était proche. Une guerre contre les yaks sans doute... La population semble résignée. Je ne sens pas de tension véritable entre eux. Pourtant, les tibétains parlant anglais me diront à quatre
reprises la colère sourde du peuple, leur attente de changement et leur espoir de partir vivre... ailleurs, en Inde, au plus près de leur guide. L'un d'eux sort de prison, «6 mois pour avoir fui la
Chine pour l'Inde et les écoles du Dalaï-Lama» m'expliquera-t-il. «Là-bas on apprend à devenir un vrai tibétain, au-delà d'apprendre l'anglais» renchérit-il. Aujourd'hui, même si des familles
traversent encore une partie de l'Himalaya au péril de leur vie dans l'espoir de voir leur progéniture grandir sous d'autres cieux, les contrôles sont beaucoup plus stricts et les passeports quasi
impossibles à obtenir pour l'Inde.
Je rentre à l'hôtel, la tête pleine d'images et de questions, et ne trouverais le sommeil que tard dans la nuit.