Dimanche 29 juin 2008 7 29 /06 /Juin /2008 15:45
Dimanche, même scénario. J'arpente les rues de Litang dans cette atmosphère incomparable aux villes et villages traversés jusqu'alors. Mais que de frustration ! Vais-je quitter cette ville sans pouvoir faire une photo ? Est-ce vraiment la présence militaire qui me bloque ou alors le produit de mon imagination ? On me salue en tibétain tous les 2 mètres « Tashidele». Je me faufile parmi ces visages paysages. Les vieilles me moulinent de prières à chaque croisement. Les moines, petits, vieux, jeunes sont partout, et surtout au volant de motos pimpantes et pétaradantes multicolores. Parties de cartes à même le sol. Je le répète, je connais peu de choses au bouddhisme tantrique, mais je me demande le temps que ces moines passent au monastère à prier ou à méditer... Retour à l'hôtel pour une sieste sans fin. J'essaie de joindre 2 guides qui ont laissé leurs coordonnées. Parler avec des gens. Il le faut. Mais mes messages restent sans réponses. Dans ma parano, je me prends à penser que l'armée contrôle aussi ces gens-là, qu'ils ne doivent pas entrer en contact avec les étrangers. La fermeture des frontières du Tibet a fait son œuvre, les touristes ont fui les régions frontalières.

Dans les rues de Litang...

Petite précision ici, ou je vais me faire tirer les oreilles... Je parle toujours de Tibet, mais je n'en ai pas franchi la frontière officielle en fait, celle de la Région Autonome du Tibet, celle du Tibet d'après 1965 ! Depuis des siècles, le Tibet historique comptait 3 provinces : l'U-Tsang, l'Amdo et le Kham. En 1965 donc, les frontières ont été redéfinies par les autorités chinoises et seule la province de l'U-Tsang avec une petite partie du Kham fait partie aujourd'hui de la région autonome du Tibet. L'Amdo appartient actuellement à la province chinoise du Qinghai - 1 millions de tibétains y vivent - et le Kham a été divisé entre le Gansu - + de 600 000 -, le Yunnan - 350 000 - et le Sichuan - 460 000 - où je me trouve actuellement. Si on oublie les conflits politiques éternels, difficile de penser être ailleurs qu'au Tibet dans toutes ces régions. Même les visages de ces femmes et de ces hommes portent l'empreinte du paysage et leur regard, le souvenir des neiges éternelles.

...je retrouve ces chapeaux hauts que portent hommes et femmes, comme les Cholas de Bolivie...

Je suis seule ici et l'objet de tous les regards. Voilà aussi une autre raison de ma difficulté à sortir l'appareil. Je n'arrive pas à me fondre, toute multicolore que je sois... En fin d'après-midi, je rencontre Mr Zheng, chinois de Chengdu passionné de culture tibétaine. Il tient un petit restaurant avec sa femme et parle anglais ! Je m'accroche à cet homme comme à une bouée de sauvetage. Voyages et rencontres avec des personnes de tout horizon lui ont ouvert les portes d'une cuisine originale et délicieuse, où il mélange saveurs orientales et occidentales. Je goûterais ainsi du fromage frais de yak à la mode hollandaise.






























..mais les tenues sont très variées pour les hommes comme pour les femmes, ces dernières portent souvent entre autres accessoires un masque pour se protéger du froid

Je le bombarde de questions sur les événements de mars, la situation aujourd'hui, la surnumération militaire. Ses réponses sont prudentes, sans parti pris, même si je devine son amour pour cette région. Sans prévenir, il bascule sur des événements plus vieux : la révolution culturelle et la fuite de sa famille bourgeoise à Taiwan, les souffrances du retour et la misère de son adolescence. Le sourire au bord des lèvres, il remonte sa vie en mêlant souvenirs et cuisine. Le jour décline, je n'ai toujours pas pris une photo, j'écoute toujours Mr Zheng me raconter maintenant son départ de Lhasa, après 10 ans passés sur le toit du monde. «Pourquoi être parti ?» dis-je. Une ombre passe dans son regard ; je perçois la tristesse de sa voix quand la réponse tombe, laconique «nous avons détruit la capitale du pays céleste» puis il retourne à ses fourneaux. De nouveaux clients viennent de s'attabler...

Par Camille
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