Vendredi 27 juin 2008 5 27 /06 /Juin /2008 16:29
Quelque part à 4200m. chez des nomades tibétains - pont BK 669. 66,63 km.

La traite matinale a lieu alors que le jour se lève à peine. L'air est glacial, le ciel sans un nuage et la prairie couverte de givre. Le thermomètre de ma montre affiche 1°C !! J'ai peine à croire que c'est dans ce même paysage que j'ai été recueillie hier.

Le lait est bouilli sur le feu avant d'être refroidi puis battu pour en récupérer la crème pour le beurre

À l'intérieur de la tente, Tusja sépare la crème du lait pour le beurre et le fromage

Pendant que Tsuja sépare la crème du lait pour faire beurre et fromage, j'ai droit à 10 bols de thé au beurre plus un de lait frais de yak. Je charge Multi malgré la mère de Tsuja qui me fait signe de rester. J'essaie de ne pas trop me poser de questions, je dois partir, c'est tout. Ces gens m'ont redonné le sourire et les forces nécessaires pour atteindre Litang.


J'évolue dans un paysage d'énormes rochers et de mini lacs. Le vent me fouette le visage et engourdit progressivement mes pieds. À la moindre photo prise le froid me mord les doigts, et je parviens à peine à faire une mise au point. C'est la première fois que je ressens un tel froid. Même à son zénith, le soleil ne parviendra pas à me réchauffer. Je fais donc plein de mini-pauses mais impossible de s'arrêter longtemps, ça cailleeeee trop ! Mais c'est troooop BEAAAAU !


Arrivée au col impossible d'hier, je suis sur un plateau à 4650m., domaine du vent s'il en est. Je pédale en lutte constante avec lui, mes yeux pleurent de froid cette fois et de bonheur. J'ai retrouvé allant et énergie. À nouveau, je me sens vivante au milieu de ces éléments qui m'éprouvent d'une autre manière. Je reprends mon monologue avec le vent, parle aux fleurs d'altitude (c'est de famille...) et donne des noms aux nuages multiformes. Multi me croit atteinte de folie subite, je lui rétorque qu'il devrait avoir plus d'humour. Lui, tout ce qu'il veut, c'est tracer sa route ! Il me saoule parfois, emmuré dans son silence... il n'a pourtant pas d'arête coincée dans le gosier lui ! Alors oui, je parle à tout vent ! Solitude quand tu nous tiens...

La caravane passe... à sa tête, un enfant à cheval, et un couple âgé à pieds

Toute la journée, je croiserai aussi nomades en partance juchés sur leurs tracteurs-charrettes chargés de leur maison nomade, derrière, la caravane de yaks conduite par 2 ou 3 jeunes filles, parfois une famille à cheval. Je descends de plateau élevé en vallée profonde. C'est grand, immense, sans limite. J'aime ces paysages où rien n'arrête le regard. Seuls manquent à l'appel ces sommets enneigés que l'on distingue parfois un peu plus à l'ouest, derrière la frontière du Tibet. Des dizaines de tentes et des centaines de yaks au milieu d'un océan vert, encore et toujours.

Nomade tibétaine en partance...

...la moto tend à remplacer le cheval. On la décore, on la recouvre d'un tapis, on la bichonne

Enfin, le dernier col Tuer Shan n'est plus qu'à 6 kilomètres. Dans la montée, je m'amuse avec mon appareil photo dont j'ai réparé la fonction «retardateur» (vous allez m'avoir en long en large et en travers, celles et ceux qui se plaignaient !). Placer l'appareil, faire un test en contre-jour puis courir remonter sur Multi avant le clic-clac. Tout ça doit bien se terminer par une chute et j'en casse mon rétro !

Sommet du Tuer Shan

Le Yéti existe

4640 mètres d'altitude, j'exulte sans sommeil soudain ni souffle court. Le vent me porte et m'emporte dans la descente suivante où je suis le cours d'une rivière bouillonnante. Je rate un campement fraîchement installé où sont réunis une vingtaine de nomades qui me font des grands signes, mais je vais trop vite et ne peux freiner à temps. Quand je me retourne enfin, la vue des tentes blanches s'estompe... Ensuite vient un loooong faux plat, toujours vent de face, ça pourrait être pénible, mais ça me laisse le temps de regarder à droite à gauche et cela change le rythme. De nouveaux châteaux tibétains apparaissent, un peu dans le style de ceux de Sangdui, les pierres sont plus foncées et les quatre murs bien parallèles.

Le vent me porte et m'emporte...

À 19h, je m'arrête dans une auberge près d'un pont qui enjambe un fleuve boueux. La lumière frise les champs et fait briller les regards. Je suis brûlée de vent et de soleil, ce torrent furieux qu'est la Vie coule à nouveau dans mes veines et mon cœur a retrouvé un rythme de croisière avec ses accélérations aussi sidérales que vitales...

Par Camille
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