Dimanche 18 mai 2008
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23:38
Nanhua-village minuscule près d’un col, après Pupeng - 74, 09 km. Sous un ciel déjà menaçant, je quitte mon hôte à 7h30 alors qu’elle se rend à son travail. Petite pause matinale au marché jusqu’à
9h30 où je m’agenouille près des marchandes Miao et Bai. Nouveaux costumes traditionnels, grandes coiffes et turbans noirs. Les femmes portent leur panier à l’aide d’une corde ceinte sur leur
front.
Les manières de
porter les charges évoluent au fil de mon trajet
Je me mets enfin en route dans des paysages que je ne retiens pas. À midi le ciel se déchire et dans un grondement de tonnerre, un déluge s’abat sur moi avant que je n’atteigne le sommet de la
côte. Je m’abrite pendant une heure dans une cabane abandonnée. Il y a là une literie de paille, un âtre pour le feu, un mégot de cigarette, un bol de riz en fer. Quelque chose est griffonné sur
les murs. Je ne peux m'empêcher de penser à Christopher McCandless, ce jeune qui paya de sa vie la poursuite d’un idéal plus fort que lui en s’isolant dans les confins de l’ Alaska.
L’orage se transformant en pluie drue, je rajoute des couches à ma tenue, un vrai bibendum : en plus de ma désormais connue parka Patagonie, de mon pantalon en gore-tex, je nous enveloppe, Multi et
moi, dans un immense poncho chinois. Mains, guidon, porte-bagages, tout y passe (je regrette de ne pouvoir nous photographier... ça vaut la chandelle) ! Mais c’est sans compter sur le vent, ce cher
ami, qui quelques kilomètres plus loin, se met de la partie et à coups de grandes rafales, manque de nous renverser plusieurs fois. 6h30 de pluie, sans un instant de répit, 20 km de côtes, la
musique m’accompagne, je suis seule dans la montagne, les paysans ont regagné leurs maisons à la hâte. Les rares véhicules qui nous doublent, freinent à ma hauteur et passent la tête par la fenêtre
afin de comprendre sans doute quel est cet ovni sur roues sous la pluie. C’est le cas de le dire, je suis totalement non identifiable. Je rate la petite ville de Pupeng et dois me taper encore
20-30km.

Dégoulinante et transie, je
fais une halte dans une station service en manque de clients. Le patron m’invite à boire un thé brûlant, que je remplis de sucre.
C’est le début d’une longue série de sucres au thé, nouvelle boisson que j’inaugure cette fin d’après-midi là… Miraculeusement la communication passe très bien : lui dans sa station déserte de bout
du monde trompe sa solitude en fumant cigarette sur cigarette et moi, je… je tente de combattre le froid qui a pris possession de mon corps jusqu'à l’os. Encore 10km jusqu'à la prochaine ville, de
la descente, renchérit-il. Son visage me rappelle un peu celui des boliviens de l’altiplano.
Sa femme arrive toute souriante. Ils m’expliquent qu’ils sont de Shangri La et que leurs deux enfants vivent là-bas. La nécessité les a sans doute guidés jusqu'à ce trou perdu… Je dormirais bien
sur la banquette près du poêle et comme s’il lisait dans mes pensées, mon bolivien chinois m’indique alors LA pension du village. J’ai peine à y croire. Pourtant je suis bientôt lovée contre le
feu, emmitouflée dans ma doudoune que je sors du fond de mes sacs pour la première fois (patience... rien n’est inutile dans le soi-disant superflu que je me traîne depuis Guangzhou).
J’engloutis un bol de riz, un oeuf et 3 légumes sans goût pour le prix astronomique ( si, si !) de 15 yuans, mais qu’importe, je suis au sec. À 3h du matin, je me relèverais pour une tablette de
chocolat et 1 snicker acheté au… Carrefour de Kunming !!