Dimanche 11 mai 2008
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14:37
Cheminées géantes à la sortie de Tangchi
Tangchi- Kunming. La nuit a été plus qu'agitée, un karaoke star academy local a secoué la place centrale sous mes fenêtres jusqu'à 5h du matin, autrement dit je n'ai pas fermé l'oeil. Et je ne sais
pas encore que les 48,72 kilomètres qui me séparent de Kunming vont être un véritable enfer.
Je suis incapable de vous dire ce que j'ai vu, des montées et des descentes qui se succèdent avec 10 camions chargés de charbon qui me dégazent dans le visage toutes les minutes. Je deviens
FOOOLLE, peste, crie, tous les noms d'oiseaux y passeront. Si la Chine a plus de 800 millions de paysans, 600 autres millions sont chauffeurs de camions pour moi. Le nombre de magasins de pneus ou
d'ateliers de réparation dans chaque village et ville traversés en témoigne. Des kilomètres de cambouis composent l'entrée des villes.
Les camions de charbon qui lâchent d'épais nuages de fumée noire à chaque reprise
C'est en larmes que j'entre dans Kunming, la cité de l'éternel printemps. De la highway je me retrouve contrainte et forcée de prendre l'expressway, l'autoroute voie rapide qui conduirait une fusée
droit en enfer, 7 voies, ça double à droite, à gauche, crissements de pneus, klaxons bloqués, je vais me tuer. Je prends n'importe quelle sortie et m'assoit par terre. Je n'irai pas plus loin, que
personne ne vienne me parler ou je l'étrangle.
J'entends alors «may I help You», une voix douce, un sourire, une jeune femme qui descend de voiture. Je tente de me recomposer un visage, cherche mes mots. J'ai juste envie qu'on me prenne dans
ses bras, qu'on s'occupe de moi. Je ne veux plus penser, chercher, comprendre, regarder, observer... Je veux plus, je peux plus. Je voudrais plonger dans la mer, m'enfoncer dans l'eau, m'ôter cette
poussière de charbon que je sens jusqu'au creux de l'estomac.
Je pense un instant prendre une chambre dans un hôtel avec piscine, sauna, massage et tutti quanti, mais je reviens à la raison et me voilà en route pour la Youth Hostel de Kunming. Je me jette sur
internet en arrivant, en souhaitant désespérément que des messages m'attendent. Nouveau coup dur. Dans ces moments-là, faute de bras pour se réfugier, on compte sur la famille, les amis pour se
réconforter. Je sais qu'ils sont tous là, quelque part. Mais cette fois, j'avais aussi besoin de VOUS entendre, de voir enfin une réaction au blog. Je n'ai alors pas en tête les vacances, les ponts
du mois de mai. Je vois juste que ça fait bientôt 2 mois que j'essaie de vous faire vivre notre voyage avec Multi, et ce soir je me sens pour la première fois plus seule que jamais.
Ma rencontre avec Andréa et Marcel, deux cyclo-touristes suisses, efface peu à peu l'amertume que je ressens. Partis depuis septembre 2007 de Suisse pour l'Afrique du sud, la nouvelle de la
grossesse de Andréa les amène à changer de destination. L'Asie leur parait moins difficile pour accueillir la naissance de leur bébé. Là, je comprends que Andréa, enceinte de 7 mois est toujours en
selle. Je suis littéralement soufflée !!