Aujourdhui m'attend le plus dur et je ne vais faire que moooonter. On m'a prévenue hier soir, je ne serais qu'à Leishan ce soir (à 50km), alors que je voudrais arriver à... Kaili, capitale de la
culture Miao. Il est 6h, je suis réveillée par la rue qui s'anime de bonne heure, les klaxons qui reprennent du service et les cris des enfants qui mangent leur bol de pâtes en face, avant d'aller
a l'école. Serais-je sur Multi à 9h ? rien n'est moins sûr... Ce matin , mon petit dej traditionnel, soupe de pâtes aux légumes et viande (si elle m'inspire) m'arrache littéralement la bouche. J'ai
détourné un instant le regard de la louche du bouillon de piment... trop tard ! En 5mn je suis en feu!
Les terrasses
de Kai Tun
Sur les 12 premiers km, je passe de 559m d'altitude à 1200m. Après la mise en route toujours un peu douloureuse où il faut chauffer la bête... la machine (qui est quoi?!), je trouve mon rythme
malgré cette même douleur dans le tibias droit et cale mon souffle. J'aimerais même ne pas m'arrêter. S'il faut monter, montons! Je passe les terrasses de Kai Tun, vue splendide même si la
visibilité n'est pas top. Je suis seule au monde. Presque. Puis descente sur un village, jour de marché a nouveau, je dois descendre de vélo car on ne peut pas avancer, aussi parce que je suis
l'attraction numéro 1. Difficile voir impossible de faire des photos, il faudrait poser Multi, enlever le casque qui fait se tordre de rire les femmes Miao aux coiffures extraordinaires. Celles-ci
ont des fleurs et de la laine torsadées dans leurs chevelures. Ensuite par quels miracle et mouvement forment-elles ces huit au sommet de leur tête, je ne saurais dire... Elles accrochent le tout
avec un peigne coloré et un autre en " argent". Les femmes Dong, elles, ont le chignon plus petit, porté très haut, entouré de fleurs artificielles. Tout est couleur. De leurs tenues aux étals des
vendeurs. Je m'arrête et regarde mais impossible tout le monde ME regarde. Aucune photo des Miaos de cette région. Je remarque que les hommes portent très souvent le costume et la veste Mao, les
femmes Miao possèdent aussi une veste Mao, colorée et brodée, un pantalon noir par dessus lequel 2 pans de jupe fendue brodés et colorés également.
Jour de
marché
Je redescends à 700m, mais c'est pour mieux monter, mon enfant ! Je vais bientôt toucher du regard le sommet du Leigong Shan. Avant la ville de Datang, mon altimètre m'annonce 1364 au col venteux
sans nom... À cette altitude, beaucoup moins de rizières. Je croise un ermite qui vit dans une cabane. Regard ahuri. Suis je tombée de la lune ? Un peu plus loin, un couple en moto avec leur petite
fille de 3 ans, tous les trois sans casque il va sans dire, m'arrête pour prendre une photo. L'arroseur arrosé. Tout le long de la montée, j'ai droit aux klaxons de bus. moto, chauffeur de
touktouk. Parfois c'est pour avertir dans une épingle à cheveux, parfois pour me faire signe. Un geste sympa. Ils sont loin de savoir que je préfère le pousse levé, un grand "allo", à leurs sirènes
de bateau, qui manquent de me faire basculer dans le vide. Le pire, c'est la fanfare des bus "bleus". Ceux-là, je les prends particulièrement en aversion et dès que je les vois dans mon rétro après
les avoir entendu depuis 5mn (imaginez ce que peuvent être 5mn de klaxon continu en montagne... un vrai supplice chinois !), je me mets au milieu de la route, pour les faire ralentir. Ils roulent
comme des tarés !
La descente sur Leishan est plus douce, de nombreux villages Miao. je voudrais m'arrêter, peut-être trouver où dormir, mais la perspective de devoir fournir un effort encore pour me faire
comprendre est au-dessus des forces qui me restent. Les femmes sont moins souriantes mais les hommes le sont pour 10 ! À chaque fois on me félicite. Les quelques côtes, ces mini côtes dont on ne
sait même pas pourquoi elles existent, terminent de me couper les jambes.
Arrivée à Leishan, je passe mon chemin tellement c'est laid. Des constructions anarchiques dans tous les sens, les femmes remplissant toujours les travaux de chantiers les plus pénibles. Ici,
c'est sûr, la femme est l'égal de l'homme ! Maçonnerie, portage de l'eau, de ciment à la palanche, montagnes de briques que l'on déplace sur des centaines de mètres. Je ne peux pas photographier.
Je ne suis qu'une passante, je ne peux dire un mot ou presque et je SENS que ce travail est leur seul moyen de survie, jamais un choix. Mais qui a le choix ici ?
Je m'écroule à 11km de Kaili, après 90km. C'est tout juste si l'hôtelier ne m'aide pas à descendre de Multi. J'ai les quadriceps en feu, le c... en marmelade et plus de sensibilité dans le bout
des doigts. MANGER ! Je les laisse décider pour moi, la femme du patron me masse les épaules pendant que la salle du resto se remplit. Je me rends compte au fil des jours que je suis la meilleure
publicité qui existe pour les patrons de resto... Si j'avise une cantine vide, dans les 10mn, on peut me payer à manger, car les gens accourent, faim ou curiosité, ce n'est pas difficile de
deviner...
Lushengs (orgues à bouche en bambou, de tradition Miao) au repos
Je m'endors au son de ce que je crois être des lushengs... Enfin de quelqu'un qui apprend, car c'est plutôt insupportable, faut bien le dire !