Mardi 22 avril 2008
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21:59
Je m'apprête à quitter Danian le lendemain mais Françoise me propose de les accompagner deux jours dans un village Yao lointain. Ce peuple perché au sommet des montagnes. Je fonce ! Pendant notre
ascension, je bombarde à son tour Françoise de questions. Ce que je vous écris aujourd'hui, je l'ai puisé dans ses livres ou écouté de sa bouche. Dix ans en pays Miao et une vie en Chine, si elle
n'est pas ethnologue au sens propre du terme, elle connaît ces populations mieux que personne en vivant sur le terrain, et elle les connaît et les défend avec coeur et passion.
En montant vers Quika
Après le col aux environs de 1000m, nous redescendons légèrement et au détour d'un sentier, je tombe littéralement sur le village de Quika. Passées les rizières en étages, la progression s'est
faite plus ou moins dans la forêt sur des sentiers boueux et rien ne me préparait à trouver ces maisons en bois serrées les unes contre les autres.
Mon village Yao
Nous passons d'abord par l'école où Françoise découvre avec stupeur que le gouvernement a posé une plaque en remerciement du financement de x fondation américaine. Je ne comprends pas le chinois,
mais c'est facile de comprendre que la colère monte... Ni une ni deux, elle demande à faire enlever la plaque en "marbre" immédiatement et la brise avec une pierre en me demandant de photographier.
Aaaah de l'action, me dis-je en plaisantant, ça va chauffer !! Quelques heures plus tard, elle apprendra que le gouvernement local a annulé sa visite dans le village avec la fondation américaine...
Ils ont sans doute trop peur que Françoise se mette en relation directe avec cette fondation et leur dise clairement ce qui a été fait de l'argent américain. Les nouvelles vont vite, très vite,
même perchées dans la brume d'un village Yao...
Nous sommes reçus par la guérisseuse et le chaman, grands amis de Fangfang, et par leur famille, fils et belles filles.
Dès mon entrée dans ce village, j'ai su que je l'avais trouvé, "mon" village. Là le charme continue à opérer. Les femmes Yao portent un turban fin autour de la tête dont pas un cheveu ne dépasse.
Elles s'épilent les tempes et les fronts quand elles se marient. Après un thé à l'huile, nous partons arpenter les rues du village. Je dois avouer que j'aimerais être seule, mais je reste solidaire
du groupe, je ne suis pas chez moi...
Les femmes Yao mariées s'épilent le front et les tempes, pas un cheveu ne doit dépasser du turban
Ce village ressemble à une immense famille. C'est la sortie des classes : des fillettes nous accompagnent de maison en maison. De vieilles femmes Yao nous montrent leurs métiers à tisser, ces
traditions se perdent avec les plus jeunes. Leurs petites filles ne sauront bientôt plus broder, comme chez les Miao. Entre l'école et le travail des champs, plus de temps.
Yang Hui Lin entourée de sa nail nail et de son oncle maternel
Yang Hui Lin, une petite fille d'une dizaine d'années me marquera plus particulièrement. Son attention pour nous guider puis son amour partagé pour sa grand-mère presque aveugle est bouleversante.
Son histoire est celle de bien des petites filles Miao et Yao. Ses parents l'ont laissée tout bébé à la grand-mère et sont partis au Guangdong avec leur fils sans jamais revenir. Depuis elle est
élevée par la grand-mère et son oncle maternel. Ces enfants ont un sens des responsabilités déroutant pour nous. En arrivant chez sa grand-mère, après avoir vérifié que personne ne manquait à
l'appel, elle distribue à chacun un petit tabouret, tend celui avec coussin à sa grand-mère, lui approche ses chaussons. En partant elle nous dit de revenir bien vite et nous raccompagne jusqu'à la
maison de la guérisseuse. Françoise me dira qu'en dix ans de pays Miao, jamais elle n'a entendu un caprice ni une colère d'enfant, jamais une demande. Ça laisse réfléchir non ?...