Dimanche 20 avril 2008
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15:34
Dimanche... Jour de repos... La famille française est partie, et arrivent quatre autres parrains en fin de journée. Je profite de la bibliothèque de Françoise et me plonge dans ses livres sur les
minorités ethniques du sud de la Chine.
L'après-midi nous partons accompagnées de deux petites filles Miao venues rendre visite à Fangfang, dans leur village, celui de Gaoliao où je suis restée si longtemps la veille.
Longue discussion de Françoise avec une jeune fille de 18 ans, toute à la mode chinoise. Et pour cause. Elle arrive à peine de deux années passées dans les usines du Guangdong pour un salaire de
misère de 800 yuans par an !!! 80 euros. Je me souviens de ces mots et je tremble.
Esclavage moderne. Il n'y pas d'autre mot. Pendant deux heures, elle va raconter à Françoise ces deux ans sur un ton monocorde et doux, qui ne laisse transpercer aucune plainte. Les 14 heures
quotidiennes de travail, pas de petit déjeuner, un bol de riz vers 13h, un autre en fin de journée, pas de viande, pas de légumes, pas de salaire en fin de mois, impossibilité ne serait-ce que
d'acheter des serviettes hygiéniques, les gentils patrons gardent l'argent pour qu'elles ne le gaspillent pas, la promiscuité des dortoirs, les sanitaires inexistants,les évanouissement de
fatigue... La liste est longue.
Et pourtant ils sont des milliers à quitter leurs villages, ici, et ailleurs en chine, poussés par la famille qui ne peut les nourrir. Françoise m'expliquera qu'avant ces départs massifs pour les
villes, les Miao n'avaient du riz que pour 6 mois de l'année. Si aujourd'hui ils en ont assez pour nourrir leur famille, c'est parce-que des villages entiers sont vidés de leur jeunesse. Même les
jeunes parents sont contraints en couple ou pas de partir et bien souvent laissent un enfant, parfois deux derrière eux, avec les grands-parents.
Mais 80 euros pour une année de travail, 14h quotidiennes, sans jour de repos et avec impossibilité de sortir, est-ce qu'on peut seulement... imaginer ça ???!
L'extrême pauvreté des Miao est telle que tous les jeunes partiront. La situation des garçons est un peu moins dramatique si l'on peut dire, car ils arrivent à se défendre des abus des patrons,
mais de jeunes filles, des enfants de 13 ans ? Toutes celles que je rencontrerai pendant mon séjour portent la même histoire. Avant de se marier, direction le Guangdong et les usines de boutons, de
fermetures-éclairs pour nos jeans, dans des entreprises illégales, cachées derrière l'écran des sociétés officielles, celles qu'on montre à la télé pour parler du miracle économique chinois...