Jeudi 17 avril 2008 4 17 /04 /Avr /2008 13:07
Le lendemain je me dis qu'il faudrait songer à lever l'ancre, que ma présence va devenir un poids pour cette famille, mais Yi Tuan ne l'entend pas du tout de cette oreille. Elle a également bien compris que la présence de villages Miao dans les montagnes attire mes regards et provoque mes questions chaque jour un peu plus. Nous partons jeudi après-midi au village Miao de Gaoliang, 3h de marche sur une piste qui n'en finit pas, alors que le village s'aperçoit de loin dominant les rizières.

L'arrivée sur Gaoliang

Cette balade est l'occasion d'approfondir mes quelques connaissances sur les Dong et les Miao. Je n'aurai pas de réponses à toutes mes questions ou ne les comprendrai pas toutes, mais j'engrange et raye les points d'interrogation.

Vers 17h nous arrivons dans un village dont les enfants en guenilles semblent avoir pris possession. Leurs parents sont aux champs avec les plus grands et seules sont restées au village les personnes âgées.

Un village abandonné aux enfants

Je suis frappée par la pauvreté qui se dégage de ce village... Pourtant les maisons ressemblent beaucoup aux maisons Dong. On retrouve cette même architecture dans toute la région : des maisons de bois aux murs noircis par la fumée, posée sur de gros piliers de sapin en équilibre sur des pierres. Ici elles sont souvent a moitié sur pilotis et a moitié adossées à la montagne, toutes serrées les unes contres les autres. On comprend que les incendies qui se déclarent fassent des ravages en très peu de temps... Au rez-de-chaussée se trouvent les animaux, une ou deux vaches, un cochon, le tas de fumier et les toilettes en même temps, les outils. Au premier étage se trouvent les chambres et la pièce centrale avec le foyer et le feu posé soit sur la terre battue soit sur une plaque en fonte incrustée dans le bois, pas de cheminée, la fumée s'élève à travers les interstices des planches et un trou plus large permet de fumer le thé, la viande au grenier. Au deuxième étage se trouvent le grenier et les récoltes, le riz engrangé, le thé et les herbes qui sèchent, les pots de terre cuite ou macèrent la viande salée entre deux couches de son de riz. Il n'y a généralement pas de murs et mis a part la toiture, faite d'écorce de sapin dans les villages Miao et de tuile de terre cuite (d'où toutes ses petites fabrique de tuile, au bord des routes, creusées dans la montagne) dans les villages Dong, l'air circule à tout vent.

Quelques grands-mères portant des petits enfants dans le dos nous font signe, le sourire dévorant leur visage. Je fais hurler des petits... Et n'ai pas trois mots à dire sinon m'éloigner pour arrêter les pleurs. On nous invite à nous reposer, nous offre à boire... J'aperçois ma première école Couleur de Chine, construite en bois, à côté de l'ancienne école complètement délabrée.

Sur le chemin du retour, nous croisons a la fois femmes et enfants de retour des rizières. Chaque fois on nous salue avec le sourire, on nous demande si on a mangé, façon de dire bonjour... Les femmes portent des palanches de brassées de choux qui semblent plus lourdes qu'elles, les enfants des fagots de bois pour la cuisson du riz glutineux. Les repas des Miao se constituent principalement d'un bol de riz collant le matin et le soir, accompagné de quelques légumes acides (choux). La viande est réservée aux jours de fête ou aux invités. Je me demande comment ces enfants n'ont pas de carences alimentaires...

Dans les villages Miao la vie pastorale dicte ses lois. Les paysans produisent essentiellement du riz pour leur propre consommation. Depuis quelques années le gouvernement les a incité à produire du riz hybride pour avoir une production plus grande, mais ce riz doit être traité chimiquement et les terres s'épuisent. En mars a lieu le labourage des rizières, en avril c'est le temps des semis que l'on plante en rangs serrés pour qu'ils atteignent la hauteur voulue pour le repiquage qui a lieu en mai. Le riz glutineux demande plus d'espace et de temps, il aime avoir les pieds dans l'eau et la tête au soleil. Les récoltes commencent en septembre pour le riz hybride et s'étalent jusqu'en novembre.

Du matin au soir, les Miao sont dans les rizières, souvent avec leurs enfants en porte-bébé

C'est aussi le temps de la cueillette de l'indigotier qui permettra de réaliser les teintures pour les habits de fêtes. Manger chez les Miao, un peu partout en Chine également, se dit "manger du riz". Leur vie dépend entièrement de la culture du riz puisqu'ils ne sont absolument pas vendeurs dans l'âme, ce que les Dong ont apprit au fil des années. Ce sont d'ailleurs eux qui jouent le rôle d'intermédiaire bien souvent avec les chinois. Les Dong ont appris la langue des Miao à leur contact. Tout comme les Yao, particulièrement doués pour les langues puisqu'ils parlent presque tous mandarin, Dong, Miao, le dialecte chinois de la région, en plus de leur langue !

Enfant Miao de retour de la "corvée" de bois

Le soir en redescendant à Jiaji, je me rends compte de l'immense différence même entre le peuple Dong des bourgs, qui s'est plus ou moins sinisé, ouvre des petits commerces, et le peuple Miao qui vit retranché dans ces montagnes en presque parfaite autarcie.

Les miroirs du ciel

Par Camille
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