Mardi 15 avril 2008
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Après une nuit réparatrice, la famille est réunie autour du foyer central. La nail nail (grand-mère) prépare le feu : dans un grand pot en fer elle verse de la sciure de bois qu'elle tasse. Elle
retire ensuite les 2 bouts de bois mis au préalable, qui forment un appel d'air, puis elle va chercher des braises qu'elle glisse dans le trou et le tour est joué, le poêle est en route. Voici
comment faire feu de tout bois... et surtout TOUT réutiliser. Les cendres serviront ensuite pour la vaisselle.
Préparation familiale du yucha, le thé à l'huile traditionnel des Dong
Yi Tuan fait frire du riz pendant que son mari fait sa toilette du matin et que le yeye fume sa longue pipe de bambou. Xin Feng, le garçon de 10 ans est déjà parti à l'école après avoir enfourné un
bol de riz. Je vais déguster alors mon premier Youcha, thé à l'huile, grande tradition du peuple Dong et signe d'hospitalité que chaque famille met un point d'honneur à offrir au visiteur de
passage. Ce sera le premier d'une longue série dans la journée et les jours suivants... Car bien sûr, il n'est plus question de partir. Je suis assise sur un petit tabouret, style maison de poupée,
que l'on trouve aux 4 coins de la Chine (sur les marchés, dans les maisons, dès qu'on vous invite à vous reposer, on sort le petit tabouret en bois) et je les regarde. Impression de déjà vu. Yi
Tuan m'explique la préparation du thé à l'huile en mimant chaque parole. C'est fou, j'ai l'impression qu'elle a été copine avec Marcel Marceau dans une autre vie : la compréhension mutuelle, du
moins dans tout le quotidien, est presque instantanée. Si elle voit que je n'ai pas compris, dans la seconde d'après elle a trouvé une autre façon de m'expliquer. Jamais elle ne se décourage et son
mari qui se débat avec mon dictionnaire fait appel à elle, dès la moindre difficulté.
Le riz est cuit et mit à sécher avant d'être frit
Le thé à l'huile donc... Le riz est d'abord cuit à la vapeur puis mis a sécher dans des grands paniers sur les balcons. Ensuite il est frit dans une poêle, mis de côté, pendant que l'on fait sauter
quelques cacahuètes ou graine de soja. Dans la même huile sont jetées des feuilles de thé, frites elles aussi, auxquelles on ajoute de l'eau et on laisse bouillir. La maîtresse de maison sert enfin
chaque personne dans un petit bol : le thé à l'huile, le riz sauté et quelques cacahuètes. Parfois sont rajoutés quelques légumes acides. Le bol à peine fini, je suis déjà resservie... 1, 2, 3,
4... 5 fois. Je ne sais pas dire non. Mon pressentiment se révèle exact : si on boit peu de thé, l'hôte pense que l'on n'est pas content, dans le cas contraire, l'hôte est ravi bien sur... Si le
mélange thé/huile/eau peut paraître étrange, j'y prends sincèrement goût et tant mieux car je serai invitée de maison en maison les jours suivants, et hop du thé a l'huile à chaque fois. Sans
compter que la préparation fait partie de la cérémonie, tout le monde aide... Enfin... Surtout les femmes, dans un immense bavardage dont je ne comprends pas un mot. Mais je me sens tout de suite
bien avec ces gens. Leur gentillesse et leur sens de l'hospitalité semblent régler leur vie. Je m'apercevrai plus tard que courtoisie et sourires sont également les caractéristiques des peuples
Miao et Yao.
Yi tuan et son mari Qing Tuan
Après le petit déjeuner, Yi Tuan et son mari me proposent de les accompagner dans les champs de thé. Je saute sur l'occasion sans hésiter une seconde. Qing Tuan est fier de me montrer ses champs.
Il m'explique quelles feuilles ramasser, les plus jeunes, et je participe à la récolte avec eux. Nous sommes à flanc de montagne, en contrebas la rivière et des rizières.
Dans les théiers avec Yi Tuan
Au retour la nail nail a préparé le repas. J'ai encore le thé a l'huile sur l'estomac mais bien sûr je me régale. Nos repas se composeront chaque jour de riz, omelette, oignons chinois, légumes
acides et escargots des rizières revenus dans le piment. Le yeye (grand-père) est occupé au grenier à faire des peignes en bois. Il faut dire que toutes les femmes Dong portent leurs cheveux
relevés en chignon à côté de l'oreille et coincés dans un peigne. Sauf Yi Tuan. Je monte m'assoir près du yeye. J'aime sa présence, son sourire, ses disputes du matin avec la nail nail et son
visage qui s'illumine en réponse à mon sourire. Bientôt il m'offre le peigne à peine terminé, me tendant le précieux cadeau des 2 mains comme il est coutume en Chine.
Yi Tuan en tournée d'aide-soignante
La nail nail remplit ma gourde avec du thé alors que je me prépare a suivre Yi Tuan dans sa tournée d'aide soignante du village. J'ai découvert qu'elle fait partie des "médecins aux pieds nus", ces
médecins de village presque bénévoles, qui ont eu une formation de base pour parer au plus pressé dans ces villages reculés. Dans son cas, elle a été formée par une équipe de Médecins Sans
Frontières il y a quelques années. Et dire que je pensais faire un sujet sur l'accès aux soins pour les femmes en Chine... Nous traversons la rivière les pieds dans l'eau et commençons la tournée
des petites vieilles cassées en 2. Ici personne ne parle mandarin, les sonorités chantantes de la langue Dong résonnent d'une maison a l'autre. Je ne comprends pas les mots, mais je comprends les
gestes, les regards. Yi Tuan est le pont entre ses petites vieilles et le reste du village. Elle vient pour leur faire une piqûre, leur apporter une mixture a boire, mais surtout elle prend le
temps avec elles. Ici, elle refait le lit, là elle prépare le feu ou coiffe la mamie sans âge, lui donne la main.
Nous passons sans crier gare des arrières grand-mères au cochon a vacciner. Même trousse à pharmacie. J'espère une aiguille différente...
Les cris des voisines retentissent. La tournée achevée, nous sommes invitées pour le thé à l'huile. Le soir la maison se remplit d'invités. À ce stade là, je ne cherche plus à savoir qui est frère,
oncle, cousin ou ami... Les femmes me montrent leur costume de fête, ainsi que Xin Feng. Puis c'est mon tour : on m'habille comme une poupée. Je passe la jupe aux 100 plis, les jambières et la
veste brodée, le collier qui pèse 3 tonnes... La couronne... Sans doute je me trompe de mots, je ne suis pas encore une spécialiste des parures et vêtements traditionnels des minorités chinoises.
Elles sont multiples et infiniment variées.
À noter quand même : au moment de mettre la coiffe d'argent sur ma tête, le yeye m'embrasse comme du bon pain !! Trop d'émotions...
Dong d'un soir