Lundi 14 avril 2008 1 14 /04 /2008 08:53
Lundi, c'est le grand départ pour Danian, du moins c'est ce que je crois... Un peu plus de 80km me séparent de ce petit bout du monde. Je m'attends à beaucoup de montagnes mais ne dépasserait guère les 800m d'altitude, je passe de rizières en vallées et découvre ces minorités ethniques dont je rêve depuis mon départ.

Compagnons de route

Bayun, Hongshui, Gongdong sont des villages que je traverse. J'observe ces femmes aux habits colorés, celles au chignon relevé à côté de l'oreille, retenu par un peigne... Regards, sourires, mais c'est comme si je pouvais sentir que certaines ne font que passer dans ces bourgs, et ne pensent qu'à remonter dans leur montagne, à l'abri de "l'étranger". Pourtant sur ces routes, on ne rencontre plus de chinois Han : les Zhuang, la première des minorités par son nombre (aux alentours de 16 millions) habitent les premiers villages. Minorité fortement sinisée, ils ne portent plus de costumes traditionnels. Les Dong composent les bourgs en bord de rivières. Les Miao vivent plus haut dans les montagnes et ne descendent que pour les jours de marchés. Enfin les Yao ont construit leurs villages presque au sommet des montagnes. Un proverbe dit qu' "Au Guangxi il n'y a pas un sommet sans Yao". Ici, on n'est plus en Chine, ces peuples ne sont pas chinois, me répétera souvent Françoise. Leurs histoires remontent à plusieurs millénaires et leurs origines restent mystérieuses. Ils ont fui depuis notre ère chrétienne devant l'oppression de l'empire chinois et se sont réfugiés toujours plus haut, là où la terre est incultivable.

Sur la route de Danian

Au sortir du village de Jiaji, je m'arrête après la énième interpellation de la journée... 74.24km au compteur, il est 18h, j'en ai plein les jambes ! Un groupe de femmes, jeunes et... moins jeunes, est assis là, face à de gros ballots de thé. Visiblement c'est la cueillette de la journée. On me demande où je vais, si je suis seule, on me félicite. Je sens chez ces femmes une solidarité toute féminine. Et quand arrive le mari de l'une d'elle, le propriétaire des théiers, je crois même comprendre qu'il se fait vanner quand on lui dit que je voyage à vélo... Sur quoi, il enfourche Multi et provoque l'hilarité générale. Alors que je m'apprête à repartir, la plus bavarde des jeunes femmes, celle qui me pose toutes les questions et COMPREND mes réponses (notez ! Car c'est quasi miraculeux...), me propose de dormir chez elle... Là-dessus, son mari, celui parti avec Multi, renchérit... Puis la grand-mère, une des "moins jeunes" sur le banc... "Ming tienne Danian' (demain Danian). Que dire ? J'en ai rêvé, Sony n'a rien à voir là-dedans, mais je me retrouve à monter dans une maison de bois, aux murs noircis par la fumée... Dans la pénombre, je croise un vieux monsieur, le papi, dont je tombe amoureuse dans les 5 minutes (aah les papis...)... Et me voilà accueillie dans une famille Dong comme si j'étais l'une des leurs.

La vente de la récolte de thé

J'assiste ensuite à la venue de l'acheteur de la récolte du thé. Tout se déroule dans des rires et des pourparlers interminables... J'ai sorti mon appareil photo sous l'oeil du grand-père qui fume sa pipe sur le banc en silence au milieu de tout ce brouhaha. Le soir on me prépare un véritable festin: ils sont allés acheter de la viande, pour moi, je n'en doute pas. Gras de porc. Je tremble en pensant à mon expérience en Colombie avec le chicharon et me souviens que " tout est bon dans le cochon". Riz. Bières. Légumes acides. Omelettes. J'apprendrai plus tard que les Dong mélangent gras et acidités et qu'ils sont très friands de piments... Mon dictionnaire anglais-chinois circule de main en main. J'apprends que Yi Tuan et Qing Tuan ont 2 enfants : une fille de 16 ans, Xin Ming, en internat à Hongshui et un fils de 10 ans, Xin Feng, serviable pour dix ! Comme plusieurs familles que je rencontrerai : étonnement une fille, un garçon.

La nail nail, le yeye et leur petit fils

Qing Tuan est le dernier des enfants et comme la tradition le veut, c'est à lui qu'incombe le devoir d'aider ses parents âgés (le yeye a plus de 80 ans). Ils vivent donc en famille sous le même toit comme toutes les familles ici, la belle fille étant entièrement dévouée à sa "nouvelle famille". Mais Yi Tuan est une femme de caractère et mène son monde à la baguette, dans la joie et la bonne humeur. Elle est heureuse d'avoir un mari qui ne fume pas et ne boit pas.

Nous terminons les bières, alors que son mari et le reste de la famille a quitté la table. Ensuite grande séance pipi dans la nuit à deux ! Inutile de vous dire que l'on ne va pas jusqu'au trou qui sert de toilettes de l'autre côté de la rue... Gros fou rire et complicité qui s'installe.

Par Camille
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