Dimanche 13 avril 2008 7 13 /04 /2008 10:18
Je n'ai rien vu de Guilin ni de ses montagnes Yao (et Kaili risque de subir le même sort puisqu'a peine arrivée je me retrouve dans un cybercafé enfumé et surchauffé), mais il fallait que je parte. Reprendre la route. Quitter les feux rouges et les pots d'échappements. Plus question de nationale ou d'autres grandes routes, je fais même une fixation sur les routes qu'on devine à peine sur les cartes.

J'ai un nom en tête. Un village en bout de piste. Danian. Après lui, la route prend fin. Ça doit être une obsession chez moi les villages perdus en bout de route... Non, en fait, c'est une toute autre histoire...

En quittant Guilin

Lors de mes recherches préalables au voyage, j'ai entendu parler de Couleurs de Chine, une association qui permet, au travers de parrainages, la scolarisation de petites filles des minorités ethniques des "grandes montagnes Miao", au nord de la province du Guangxi et au sud est du Guizhou, régions parmi les plus pauvres de Chine. À l'origine de cette association, une femme, Françoise Grenot-Wang. En 1997 alors qu'elle est interprète pour Médecins Sans Frontières, elle est bouleversée par les conditions d'extrême pauvreté des familles Miao, Yao et Dong qui peuplent ces montagnes et les difficultés de vie des petites filles de ces régions reculées. Le revenu monétaire de certaines familles ne dépassant pas 50 euros annuels, la priorité est donnée aux garçons pour aller à l'école. Les filles doivent aider aux travaux des champs et s'occuper des petites frères. Dès lors, Fangfang, comme les habitants de la région l'appellent, s'installe a Danian et défend a grands coups de coeur et de gueule, parfois, ces peuples si fragiles. Aujourd'hui, plus de 5000 enfants (la majorité étant des petites filles) ont retrouvé les chemins de l'école grâce aux parrainages, qui leur permettent de faire les 6 années de primaires et 3 années de collège obligatoires. Couleurs de Chine s'occupe ainsi de 80 villages Yao-Miao et a aujourd'hui un rôle aussi culturel qu'humanitaire. Cette association permet également la formation de professeurs et d'instituteurs, aide des familles dont les revenus sont inexistants ou qui ont tout perdu suite aux incendies inévitables dans ces régions où l'habitat est en bois. Elle finance la construction d'écoles dans les villages où les écoles d'état tombent en ruine, et aide à la conservation ou à la construction de Tours du Tambour et de Pavillons des lusheng, symboles culturels des peuples Dong et Miao.

Mais je vous en dis trop d'un seul coup...

Une route semée d'embûches

Après avoir lu son livre "Au coeur de la Chine, une française en pays Miao", je rencontre Françoise lors d'une de ses conférences à Paris quelques jours avant mon départ en mars, et lui fait part de mon projet d'aller à Danian découvrir ces peuples et le travail de son association.

Me voilà donc en route pour les "grandes montagnes" Miao et mon voyage prend un autre sens, car il a un but précis. Bien sûr je me laisse guider toujours par la rencontre, l'instant présent mais je roule vers des terres, des peuples dont j'ai entr'aperçu l'histoire dans des livres. Je vais mettre des visages et des paysages sur des mots.

Après 105,28 km, j'arrive a Dazhou, le début de la "piste" pour Danian. Je mange dans un marché, entourée d'une ribambelle d'enfants. Enfin !... J'ai envie d'écrire ! Je suis bombardée de questions, une conversation véritable s'engage grâce à mes imagiers et autres guides de conversation. "Vous venez d'où ? Quel est votre métier ? Vous avez combien d'enfants (toujours...) ? Vous n'avez pas d'enfants !!? Des frères ? Vous restez combien de temps ? Le repas vous plaît ? Faites comme chez vous... Ravi de faire votre connaissance ! C'est presque fluide et surtout ça fuse dans tous les sens. Ils me font répéter les mots, me parlent lentement comme si mon cerveau pouvait soudainement faire tilt et basculer en mode "chinois".

Entourée d'enfants
Par Camille
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