Dimanche 6 avril 2008
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10:41
Le lendemain matin, je suis prête aux aurores... Ça me démange ! J'ai vu la carte : c'est décidé, je prends les petites routes et quitte cette 321. Je pars sans Ming, qui a sans doute décidé de
s'éclipser en silence et de se perdre dans le fond de son verre une fois de plus. Je suis heureuse et reconnaissante d'avoir fait ce bout de chemin avec lui, mais toute aussi heureuse de me
retrouver en tête à tête avec Multi.
Au sortir de Yangshuo, je tombe sur Monika et Robi, deux cyclotouristes dont le chargement en dit long sur leur route... Effectivement ils ont quitté la Suisse en 2004!Nous échangeons emails,
adresses, sites web et impressions. Ouuuuf ! Ça fait du bien de PAAAARLER avec plus de 4 mots, des vrais mots !!
Changement de route
La suite de la journée est à la hauteur de mes espérances. Le voyage, celui des chemins de traverse commence enfin. À Xingping je m'attarde au marché où je mange une soupe de raviolis délicieuse
pour 2,5 yuans (25 centimes d'euros ?) puis je vais sur les bords de la rivière Lijiang tenter de retrouver les fameux paysages du billet chinois de 20 yuans... Faute de quoi j'observe le balai des
rabateurs de radeaux de bambous. Multi est mon allié et même s'ils tentent de nous embarquer à 2 rejoindre les embouteillages (que j'éxagère !!...) sur la Lijiang, nous résistons.
Labours
Enfin, je quitte le goudron pour une piste, dont je rêve depuis mon arrivée. Rizières inondées, paysans qui labourent pieds nus, femmes qui commencent le repiquage du riz, le tout au milieu des
montagnes basses, tantôt ovales, tantôt pointues. Le bruit des pétards continue de résonner mais j'entends enfin les oiseaux.
Presque seule dans le
paysage
Je m'arrête dès que je croise quelqu'un. Magie des regards, je ne sais quel langage nous parlons avec ces petites vieilles qu'une vie courbée dans ces rizières a rendues semblables au paysage. Je
suis surexcitée et file sans sentir les côtes dans mes jambes. Bientôt je n'ai plus d'eau et m'arrête au plus proche village, hameau plutôt. Là, je passe la tête par la porte de la maison "Ni hao !
Shui kail ?" : "Bonjour ! Eau bouillie ?" littéralement. Deux hommes qui fument en regardant la télé, me font entrer. Pendant que l'eau boue, on me remplit les bras d'oranges, une jeune fille
arrive, sourires, puis c'est un enfant de 2 ans avec ses grands-parents. En Chine beaucoup, beaucoup d'enfants sont élevés par les grands parents. Je croise sans arrêt des mamies et des papis avec
leurs petits-enfants en écharpe sur le dos. Est-ce parce que les parents travaillent au champ, ou bien sont ils partis a la ville dans l'espoir de trouver une vie meilleure et leurs enfants sont
restés à la charge des grands-parents ?
Cueillette des oranges
Après cette pause, je traverse des champs et des champs d'oranges, à chaque arrêt, une mise dans la poche, l'autre engloutie. De mes mains coule un jus noir orange. Hummm ca colle à souhait ! Je
suis proche de l'indigestion. Je m'amuse à imaginer où je pourrais camper dans ces montagnes mais pas deux m2 disponibles... Tout est occupé, cultivé ou noyé sous l'eau. Il me reste le chemin. Au
sommet le soleil tant attendu, tant espéré que j'avais fini par croire que dans ce pays il n'existait pas, me fait un clin d'oeil.
Des biquettes sans berger
J'entame une descente à fond les ballons vers Caoping, que je ne sais toujours pas prononcer correctement. Une jeune fille m'aide à trouver un hôtel, dont je suis la seule occupante. Les murs
ruissellent, mes vêtements lavés il y quelques jours continueront de "pourrir" gentiment mais sûrement. Je mets le bronx dans ma chambre sans mauvaise conscience et sors en quête de quelque chose à
me mettre sous la dent. C'est peine perdue, les rues sont noires, au croisement une ampoule éclaire les premières maisons, les télés allumées dans chaque maison se chargent du reste...
Il est 20h, les chinois ont l'habitude de manger tôt, et vu que les touristes ont déserté les rives de la Lijiang, tout est fermé. Finalement la même jeune femme qui m'a guidée jusqu'à l'hôtel me
tend un bol de riz avec de la viande. De l'autre côté de la rue, les voisines se rassemblent pour jouer aux cartes, me regarder aussi... L'une d'elles me tend un plat avec de la viande... je crois.
Les spécialités de la région étant le rat de bambous et le chien, je me dis que cette fois c'est bon, j'y suis, c'est du chien. Je ne crois pas mais c'est bon, ça arrache oui ! Je me débats pour
attraper un énorme bout avec les baguettes, mais la nuit plus le chien à mes pieds, pas ébouillanté, bien réel celui-ci, me viennent en aide et je crache sans complexe à la chinoise, adaptation
oblige.