CARNET DE VOYAGE DE CAMILLE

Samedi 5 avril 2008 6 05 /04 /Avr /2008 09:30
Vendredi, c'est une étape de 90.46 kilomètres qui nous sépare de Yangshuo et ses paysages karstiques légendaires. Je me prépare à un flot de touristes mais je suis loin d'imaginer ce qui m'attend. C'est un jour sans, comme je sais en connaître. Entre mélancolie et nerfs a vif. Je commence par attendre une heure Ming après une côte et ma mauvaise humeur augmente. Bien sûr aucune explication. Multi doit ressentir ma mauvaise humeur car je décèle un frottement a l'arrière et j'ai l'impression de devoir appuyer le double sur mes jambes.

 

Les paysages karstiques de Yangshuo

 

Aujourd'hui c'est jour férié, commencent les célébrations de Qing ming, la fête des ancêtres. Pendant un week-end et même jusqu'à la fin du mois, les familles se rendent sur la tombe de leurs ancêtres pour honorer leur mémoire. Sur le bord des routes, je verrai ça et là des petits groupes constitués de chaque génération se rendre tout endimanchés dans la montagne, un panier sous le bras, une bêche sur l'épaule. J'essaierai d'assister à la cérémonie en vain. Une fois près de la tombe, ils commencent par la nettoyer, enlever les mauvaises herbes, puis on dispose des fruits, parfois un poulet, on colle des feuilles rouges et jaunes sur les stèles, on place des sortes de cierges. Puis vient le moment tant attendu... La pétarade, comme je la baptise après 3 jours de célébration. Les chinois sont de très grands amateurs de pétards (et de bruit en général, devrais-je ajouter), les occasions ne manquent pas pour entendre résonner l'explosion de couronnes entières de pétards. Les magasins regorgent de toutes sortes de modèles. Durant Qing ming, c'est l'apothéose.






Magasin de pétards




Je cherche la signification de tout cela : on me dit une première fois que c'est pour réveiller l'âme du defunt... Une autre fois, plus plausible, on m'explique que c'est une facon de chasser les mauvais esprits qui rodent autour de la tombe et de protéger ainsi les vivants... Donc plus cela fera de bruit, plus sûr sera le resultat. Imaginez l'écho entre les formations calcaires de Yangshuo et Guilin.

Tombe "décorée" pour Quing ming

L'arrivée dans la petite ville de Yangshuo se fait donc à la tombée de la nuit, entourée d'une multitude (comprenez des centaines de vélos dans tous les sens, de chinois en tandem, les genoux qui leur tapent presque le menton) de touristes chinois qui font le pont pour Qing ming. Après maints essais, nous finissons par trouver une chambre dans un quartier éloigné, loin de l'avenue Xi Jie et des boutiques touristiques. Poil de carotte signe son arrêt de mort car je lui précise que je VEUX une chambre seule pour cette nuit mais nous nous retrouvons dans une pièce avec 2 lits jumeaux. J'ai besoin d'aaaaaair, d'indépendance, d'être seule.

Au marché de Yangshuo

Le lendemain je pars me balader dans le marché, habitude que j'ai prise dans tous mes voyages : passer des heures au marché avec les gens ! Bien sûr je ressens toujours cette frustration de ne pouvoir m'exprimer... Mais je demande le nom des innombrables graines, épices, légumes, fruits, racines que je vois... et j'oublie aussitôt !! On me fait goûter des graines, qui me font le même effet que la coca des Ande en Bolivie : impression d'avoir été chez le dentiste : je ne sens plus ma bouche qui est anesthésiée !!

Canal de drainage d'eau dans les rizières

L'après-midi se déroule dans les rizières autour de Yangshuo. Le soir j'annonce a Ming Hui qu'après Guilin, "chacun sa route, chacun son chemin" et le remercie pour toute son aide et sa patience. Si bien j'avais senti sa sensibilité à fleur de peau, je ne m'attendais pas à son mutisme soudain. De retour a l'hôtel, il disparaît et je me demande quelle gaffe j'ai faite, lui ai-je fait perdre... la face ? Une heure après, j'ai enfin l'explication de ses absences : il pousse la porte, un grand sourire accroché aux lèvres mais surtout... il sent l'alcool à plein nez. Une lumière dans mon cerveau. Quand lui s'agite à côté de moi, veut me transmettre le vent, la pluie, les nuages, les fleurs à coups de traits dans l'air. Je comprends que c'est sa facon de me dire adieu, il me demande mon adresse pour m'envoyer une calligraphie a Paris... Me dit qu'il a tout fait pour me donner accès à son pays, sa culture, mais le vent, les dieux, la cigarette, l'alcool...

Fais de beaux rêves Poil de Carotte et Mocassins !

Par Camille
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