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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 14:08




Pékin.


Dès le lendemain de mon arrivée, je pars en repérage sur les sites des J.O. avec Amélie, Multi et un nouveau venu, Little Blue Multi. En effet Multi a accouché d'un petit bleu, modèle réduit pliable, 7kg tout nu, qui voyagera par bateau pour son lent retour en France. Nous admirons avec force oooooh, waouuuuh, et encore aaaaaaah, les différents ouvrages mirobolants spécialement conçus pour les J.O., entourées de centaines de pékins qui ne se lassent pas de photographier le Nid d'oiseau, véritable cage d'acier que l'on aperçoit derrière un grillage haut de quatre mètres. Sans oublier la présence de policiers postés tous les cent mètres.



Little Blue Multi



Le ton est donné ! Vive la parano sécuritaire des Jeux Olympiques. Le Main Press Centre ou MPC pour les initiés, est surréaliste de grandeur (plus grand centre de presse de toute l'histoire des J.O., restaurants, piscine, salon de coiffure, essentiel pour la radio, salles de gym et j'en passe...). 22 000 journalistes sont attendus et pourront travailler en liberté surveillée depuis le bunker noir (le centre web, si j'ai bien compris..), quel symbole, alors que la polémique sur l'accès limité à internet fait rage en Occident.

Le bunker du centre de presse web

Nous circulons presque seules sur ces immenses avenues et contournons le village olympique sans être inquiétées, véritable ville dans la ville ou seront choyés plus de 10 500 athlètes. Il sera si inaccessible quelques jours plus tard que nous le rebaptiserons Forbidden City. Je pensais le repérage expédié en 2h, mais il nous faudra presque la journée. Sur le retour une belle rencontre sous forme de sourires lumineux, Mr Cheng, barbe blanche, 53 printemps et son Multi à lui, un rickshaw. Depuis sept ans, ils parcourent la Chine. 65 000km au compteur, pas une vitesse sur son tricycle d'un autre temps, huit mois pour traverser le Tibet à la seule force des ses bras (il tire son tricycle a l'aide d'une corde qu'il passe sur son épaule !), pas une nuit d'hôtel car la banquette de son engin lui suffit, même par -25 degrés dans le désert du Taklamakan. Et que ferez vous à la fin de votre voyage à Taiwan ? Je pars à la découverte du monde sur les 20 prochaines années. Illuminé ou grand sage ? Je suis littéralement soufflée.

Mr Cheng et son rickshaw, et Yu, un des 400 000 jeunes volontaires de Pékin 2008

Plus loin sur le chemin, je m'approche d'un groupe de jeunes tirés à quatre épingles avec leurs tenues olympiques flambant neuves : Yu a 21 ans, il est l'un des 400 000 volontaires qui arpentent les rues de Pékin. Étudiant de High-school trié sur le volet, il a reçu une formation d'un mois et vient d'entamer ses deux mois de travail au service du public et des touristes. Il parle anglais comme la plupart des jeunes engagés et ponctue ses phrases de «it is all my pleasure». Son espoir ? Ne pas être «on duty» vendredi 8 au soir pour assister à la cérémonie d'ouverture.

Le long des avenues olympiques

Jeudi sera plus culturel. Sous un soleil de plomb et un ciel dégagé (résultat de la circulation alternée ? Des 200 usines fermées depuis 15 jours ?), nous nous dirigeons vers 798, haut lieu de l'art contemporain à Pékin. Il y a quelques années, des jeunes artistes ont investi une ancienne usine d'électronique vouée à la destruction. Aujourd'hui les prix des toiles atteignent des sommets. Si ce n'est le lieu atypique, je suis assez déçue de ce que je vois parmi une ribambelle de restos et cafés à la mode et très chers.

Mes nuits sont-elles plus belles que mes jours ? Je ne sais pas... en tout cas, bien remplies et peu reposantes. Je fais la fermeture et l'ouverture de l'auberge à 5h du matin. Au détour d'un hutong, ces anciennes ruelles de Pékin dont il ne reste que quelques exemples relookés pour les touristes (construites au lendemain de la destruction de la ville par Gengis Khan, c'était l'âme même de la capitale, mais ce vieux Pékin n'est plus à l'ordre du jour pour un gouvernement qui veut briller par la renaissance et l'ultra modernité de sa nouvelle capitale lustrée), je rencontre el Charro Ferrari, personnage haut en couleur, mexicain de son état. Nous l'aidons à trouver une connexion wifi car sa vie semble en dépendre ! En effet, tifosi ferrari, le grand prix de Hongrie a lieu demain et il doit voir les qualifications en direct. Pour la petite histoire J.O., il est en vacances un mois à Pékin et s'occupe de l'animation des nuits de l'équipe mexicaine !! Nous échangeons emails et contacts. Mes nuits seront bien plus longues que mes jours...



El Charro Ferrari



Dimanche, c'est l'heure du retour pour Amélie, vers son port d'attache, Guangzhou. Avant cela cependant, petit pèlerinage à Tianjin, à 1h30 de Pékin, la ville où elle a fait ses études. Je l'accompagne et visite son université de long en large et en travers. La police, qui m'aime décidément trop, m'accueille le soir et m'emmène faire un petit tour pour me lâcher dans la nuit à 2h, au milieu de nulle part. Contradiction toute chinoise.

Je suis malade depuis trois jours. Il a fallu que j'arrive dans un Pékin nettoyé, poli, léché pour tomber malade. Intestins ou estomac, je ne sais plus, mais je rejette tout et mes yeux se marquent de longues cernes noires. Heureusement les chinois sont toujours là pour m'aider, et m'emmènent voir un médecin qui me remplit les mains d'herbes et pilules miracles.

Un autre personnage excentrique des rues de Pékin

Jeudi, veille du grand jour pour un milliard et trois-cent millions de chinois, et pour un gouvernement que j'ai pris en grippe un peu plus ces derniers jours. La Chine a d'ors et déjà gagné son pari. La ville est métamorphosée, plus propre même que la ville de Zurich, c'est dire. Des milliers de volontaires, brassard rouge au bras, épaulent policiers et militaires déjà disposés tous les 50 mètres (tous les 15 dans les lieux les plus touristiques). Ils sont invités à signaler tout individu «cheveux long, manches longues» entre autres (véridique !). La flamme olympique continue sa tournée dans la ville pendant que je me retranche derrière mon ordinateur. Les dernières répétitions de la cérémonie sont lancées, même la batterie de missiles sol-air est fin prête aux abords du Nid d'Oiseau.

(cette photo n'est pas de moi - crédit inconnu)

On m'invite à assister au documentaire Blue China, de Micha Peled, dont le tournage a été plusieurs fois interrompu par la police. Dès les premières images, je replonge dans ces histoires entendues en pays Miao, celles de milliers d'adolescentes paysannes déracinées, envoyées fabriquer les jeans pour le marché occidental. Ironique, je glisse à mon voisin «je sais qu'ILS sont là... l'un de ces chinois qui veillent sur notre sécurité mentale». Ô surprise, quelques vingt minutes plus tard, bruit d'explosion, le film est coupé. Les organisateurs ne parviendront jamais à rétablir l'électricité. Si les mots sont à l'apaisement, nos regards échangés en disent longs...

La vie continue...

Dans moins de 24h, le rideau tombe. Place à ce qui devrait être un grande fête pour des millions de chinois. Pourtant, l'ambiance festive est bien la grande absente de ce grand show médiatique que la télévision chinoise passe en boucle. Impossible d'obtenir des informations concrètes sur la possibilité de voir la cérémonie d'ouverture en public sur grand écran. Les habitants sont priés de rester chez eux, le travail à la maison a même été encouragé ces derniers jours.


Les palissades qui recouvrent les murs de la ville des quelques quartiers encore en reconstruction pourront continuer à afficher leur slogan utopique, "One World One Dream", ce soir pour des centaines de pékinois c'est plutôt "Forbidden City One Nightmare"...

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 17:25
Huairou - Pékin. 73,49 km.

Je quitte mon palace obligé vers midi et demie après une bière pour tout carburant. Il n'y a plus que cela qui me rafraîchisse (du moins c'est ce qu'on dit)... Le rendez-vous avec Amélie et... Yann est fixé à 16h30 place Tiananmen. J'avale les kilomètres presque tête baissée et sens l'émotion qui tenaille mon ventre alors que je me rapproche de la capitale. À 30km du but, c'est encore la campagne et je réalise que je cherche les usines en vain...L'entrée dans Pékin n'en finit plus sur une longue ligne droite. Multi trouve la bonne idée de se dégonfler à quelques kilomètres de l'arrivée... émotion, émotion pour lui aussi. À chaque feu rouge, je me penche pour le regonfler. Je veux à tout prix arriver à l'heure et me vois donc mal décharger le tout pour réparer un pneu crevé ! Je suis à peine dans Pékin que je me sens comme un poisson dans l'eau au milieu de ses avenues gigantesques. Tout est indiqué en anglais, la ville suit un plan quadrillé comme un immense jeu d'échec, celui même tracé par Kubilai Khan il y a plusieurs siècles. Mais ma tête n'est pas à la découverte de la capitale à cet instant, sinon à l'embrassade qui m'attend dans quelques minutes. Jianguomennei Dajie, je tourne à gauche, plus qu'une centaine de mètres ! Mais c'est oublier que Tiananmen est la plus grande place du monde et que chaque rue est distante de plus d'un ou deux kilomètres ici. Ça y est ! Je suis sous le portrait du grand timonier, il est 16h35.


Jamais je n'ai été aussi ponctuelle de ma vie pour un rendez-vous plus qu'improbable. Le portable nous sera encore bien utile pour parvenir à se tomber dans les bras tant la foule est compacte et Multi indésirable sur la place où veillent mille policiers. Je n'arrive pas à réaliser...


C'est fini, je suis arrivée ! Amélie m'accueille aux cris de «Camille, you are my heroooo !». Joie et larmes mêlées, j'oublie le stress des dernier jours et savoure cet instant. Mon compteur affiche 73,49km pour la journée et 4724km depuis ce matin de mars dans le détroit de la rivière des Perles. Je suis la reine des cartes chinoises !


Bientôt des photographes nous rejoignent et me mitraillent. Mon sempiternel "POURQUOI" m'échappe, "Vous remercier pour votre contribution aux J.O. de Pékin.". Éternelle question camillenne et réponse toute chinoise !


Un festin de bienvenue m'attend en soirée avec des amis d'Amélie. Je sombre dans un autre monde vers 23h, le ventre prêt à exploser tellement j'ai mangé et bu...

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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 16:37
Jinshangling - Huairou. 110 km.


La dernière ligne droite s'appelle Jingmi highway et se charge, heure après heure et à mesure que je grignote les kilomètres vers Pékin. RAS. Un seul mot en tête : arriver, je veux ARRIVER ! Ce soir Amélie Wan prend le train de Guangzhou et vient m'accueillir demain place Tiananmen. Je n'en reviens pas... elle a tout organisé à Pekin ou presque. Je pourrais arriver ce soir, mais je lui ai promis d'être là après elle.

Dernière rencontre de bord de route avant Pékin avec des marchands de fruits

Je trouve un hôtel après 3h40 de galère, dont je vous épargnerai le récit tant il ressemble a ceux des jours précédents. Seule différence : ici la police ne m'interrogera pas mais ne lèvera pas le petit doigt pour m'indiquer où dormir sinon pour m'interdire l'accès des établissements bon marché (dernier, dernier soir, je me répété pour tenir...). Je sais seulement qu'il n'y QU'UN hôtel habilité à accueillir les étrangers... Aidée d'un jeune de l'office du tourisme, nous partons à la chasse au trésor.

Je suis à Huairou, à 49km de Pékin.

Quand j'écris ces mots, il fait 30.5 degrés dans ma chambre à 200 RMB la nuit, à 2h du matin, la clim a rendu l'âme.

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 15:45
Jinshangling.

Samedi, je m'octroie une journée de vrai repos dans mon bungalow sympathique. Je dépareille un peu avec la clientèle qui me zieute bizarrement et passe une bonne partie de la journée au lit. Résumé du tour de France en chinois : ces coureurs vont presque aussi vite en montée que moi en descente !! Cependant aucun n'a un vélo à la hauteur de Multi, c'est chose sûre...

180 millions mètres cube de terre seront utilisés pour ces fondations...

Dimanche, je suis levée aux aurores. Equipée de trois litres d'eau, je gravis les premières marches de la grande muraille à 6h du matin, avec pour toute compagnie, le chant bruyant des grillons, jamais aphones. 5h30 de marche sur ce bel et authentique tronçon de la grande muraille entre Jinshangling et Simatai me permettent d'admirer plus de 30 tours de guet et des pans de muraille qui s'écroulent, pillés par plusieurs générations de chinois pour construire leur maison. Seul regret cette brume de chaleur qui mange le paysage dès l'aube. Impossible alors de distinguer une montagne, et je ne vois pas plus loin que la tour de guet suivante. Quel dommage quand on connaît le paysage qui s'étale sous nos pieds par temps dégagé !

...la grande muraille serait également le plus grand cimetière au monde...

Enfin... me voilà grimpant sur le fil de l'Histoire des escaliers si raides que les mamies chinoises (et autres d'ailleurs) doivent en rester sur le carreau (j'aurai des courbatures du siècle le lendemain; comme quoi, les muscles utilisés pour le vélo ne sont pas les mêmes que ceux pour la marche !).

Si un jour on m'avait dit que je serais seule sur la grande muraille, jamais je n'y aurais cru ! Mais je suis bien là, suant et soufflant, à poser mes pieds dans les pas de millions de personnes avant moi, le regard tourné vers une Histoire deux fois millénaire. «Le dragon de 10 000 lis» serpente à perte de vue sur plus de 6700km, des confins du désert de Gobi jusqu'au golf de Bohai à l'est. Pourtant la grande muraille n'est pas un long chemin mais un ensemble de fortifications édifiées en différents endroits par des empereurs successifs pour se protéger des incursions nomades.



Construite à l'origine en 1368, sous la dynastie des Ming, par le general Qi Jiguang, la grande muraille à Jinshangling sera reconstruite en 1567



Débutée il y a plus de 2000 ans avant J.C. sous la dynastie Qin, sa construction fut remaniée par les Ming. Craignant par-dessus tout un retour des Mongols, ceux-ci recouvrirent l'ouvrage de briques cuites et de dalles de pierres. Aux 180 millions mètres cube de terre utilisée originellement, s'ajoutèrent 60 millions de mètres cubes de matériaux et des milliers de corps d'ouvriers. Haute d'une dizaine de mètres, la muraille des Ming, celle que l'on visite aujourd'hui, est constituée de centaines de forteresses, portes et passes, parsemées de milliers de tours de guet. Mais elle n'a jamais réussi à repousser les envahisseurs. Gengis Khan se plaisait à dire que la solidité d'un rempart dépend du courage de ceux qui le défendent. Or les sentinelles étaient corruptibles... en revanche un système de signaux de fumée, grâce aux crottes de loup brûlées, permettait de transmettre très rapidement les informations à la capitale. De même que cette route surélevée fut un moteur économique important, permettant aux caravanes de circuler d'Ouest en Est en toute sécurité.

Retour vers le futur, il est 11h, les premiers touristes pointent leur nez, je rebrousse chemin sans avoir atteint Simatai, ce qui m'évite de payer un deuxième droit d'entrée.

Vers Simatai, certains pans de la muraille s'effondrent progressivement

Fin d'après-midi à m'amuser avec les vendeuses de bibelots et autres souvenirs «great wall». Je feuillette tous leur livres, histoire de contempler en images ce que je n'ai pu qu'imaginer. Puis je me prépare mentalement pour mon départ vers Pékin le lendemain.

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 21:08
Qian Dian Jian - Mayengzie. 108,12km puis Jinshangling rallié en voiture de police.

Ce matin, le ciel est blanc, annonciateur des jours prochains sur la capitale. La chaleur prend à la gorge, c'est comme une chape de plomb qui fait courber le dos, endort les villages alors qu'il est à peine 8h ! Je frétille de bonheur devant les petites routes qui s'offrent à moi. Je suis dans la campagne profonde de l'étouffant Hebei, la ferme de Pékin. Pour me mettre en jambes, rien de tel que me taper 5km derrière un camion transportant une cargaison entière de fientes de poulets ! Je constate comme hier la présence de tentes sommaires à chaque entrée de village ou hameaux, deux paysans-gardes rouges en état de semi-somnolence. Gardiens du silence ou milice villageoise pour la protection des champs cultivés ? Je finis par apercevoir le brassard rouge de leur bras droit «security public» et comprends que chaque village est chargé, par le gouvernement, d'assurer sa sécurité et de veiller aux allées et venues des personnes étrangères pendant la période des J.O. Très, très malin... Ce sont donc les villageois eux-mêmes qui préviennent de la venue du «laowai» ! Tout s'explique tout d'un coup. Bien sûr, c'est pour notre sécurité, loin de moi l'idée de penser à autre chose... la liberté ayant le vent en poupe dans ce pays !


Je file a travers des champs de mais à perte de vue, même les maisons disparaissent sous les tiges de trois ou quatre mètres de haut. Les montagnes ne sont plus que fantômes dont on distingue à peine la silhouette tant la brume de chaleur s'intensifie. Désirant absolument prendre des chemins de traverse, j'opte pour l'itinéraire campagne de chez campagne. Les routes ne sont plus qu'un fin fil gris sur ma carte. Je sens que je ne vais pas vers la facilité mais ça a l'air tellement plus beau ! Devant la difficulté des premiers villageois rencontrés pour me confirmer la route, je me dis que je m'engage dans une belle galère. Pourtant je les ai dans la peau ces cartes ! Je pourrais faire le tracé les yeux fermés... J'ai juste besoin d'une petite confirmation et de m'assurer surtout que je trouverai de l'eau. J'avise un nouveau contrôle militaire et suis à contre cœur leur conseil. Au bout de 7km de côtes en plein cagnard, je rebrousse chemin concluant que cette route là est bien celle qui contourne le massif montagneux, la plus longue, celle que je veux éviter à tout prix ! Suivre ton instinct Camille, c'est tout ! Je repasse devant le barrage, les militaires se confondent en excuses et repartent dans des palabres sans fin entre eux... Bye byeee ! Je trace ma route en me disant que si les chinois ont inventé la boussole il y a un millénaire, ils en ont perdu le mode d'emploi il y a bien longtemps !



Je passe une fin d'après-midi extra malgré le retard que j'ai pris et surtout la chaleur qui me liquéfie. Je suis en nage, je ruisselle, dégouline par tous les pores de ma peau. La sueur goutte dans mes yeux et m'aveugle. Combien de litres d'eau boirai-je aujourd'hui ? J'en perds le compte...

J'effleure du regard les villages, quand bien même je voudrais m'arrêter, les «gardes rouges» veillent au grain...

Vers 19h, les habitants d'un hameau me désignent le sommet de la montagne pour route. Oooh non ! Un autre villageois me mime des travaux... J'essaie de me faire préciser la chose : je n'ai pas envie de monter pour rien. Mais si, c'est la route ! Résultat, en haut de la côte, une énorme montagne de terre barre l'accès, avec un panneau indéchiffrable pour moi. Je me glisse sur un sentier et découvre une route en construction, impraticable. Apres réflexion, je n'ai rien à manger et puis je colle tellement que je renonce à camper et me faufile à travers un sentier de mule pierreux. J'évite la chute sans savoir par quel miracle puis tombe littéralement sur les ouvriers qui aplanissent le ciment. Au lieu de subir une volée d'invectives pour ma présence dans un lieu interdit, ils viennent m'aider à faire passer Multi de l'autre côté de la route, qui n'est encore qu'une piste.


Le reste du village est de la même veine... Chaleureux et accueillant. Je donnerai tout pour rester ici ce soir, accepter le repas qu'on m'offre sur le pas de la porte, ici le thé, là des abricots mais... La nuit tombe, je dévale la pente poussiéreuse à la suite des troupeaux de moutons qui rentrent au bercail. Ici, plus que nulle part ailleurs dans mon voyage, je me sens extraterrestre pour ces gens... "Où est la suite du groupe ?" semblent interroger en permanence leurs regards.

J'entre dans Mayengzie à 21h, il fait nuit noire, pas une lumière dans la ville sinon bientôt la torche du policier qui me barre la route, pas aimable du tout du tout le monsieur. Je me fais dévorer par les moustiques pendant qu'on tente de communiquer. Mais impossible ! J'appelle Carrie a Guangzhou (mon Amélie Wan de toujours est injoignable) qui m'annonce qu'ils vont m'emmener à Jinshangling, ma destination de demain car aucun hôtel n'est habilité à me recevoir. Je reste muette...en fait, la police locale ne sait pas quoi faire de moi et va tenter de refiler le paquet aux voisins. Jinshangling ce n'est pas une ville je leur fais remarquer, mais le départ d'une randonnée de 4h sur la Grande Muraille... Ce qui veut dire qu'il n' y aura qu'un hôtel pour gens fortunés, je le sais ! Mais personne ne m'écoute... 22h30, arrivée au pied de la Grande Muraille dans un hôtel à 250 yuans la nuit comme prévu. Je m'entête et refuse même le rabais de 100 yuans. Je demande à aller voir la ville de Gubeikou.

Le nouveau policier présent tire sa révérence à peine arrivé. Il a flairé que j'allais le saouler et ne fera preuve d'aucun zèle administratif ! À Gubeikou, je vois 2 hôtels minables pour le prix de 90 yuans. Les J.O. leur montent à la tête. Je repars donc pour les bungalows individuels de Jianshangling. J'admire en silence la patience des chauffeurs. Il est presque 1h du matin et je les fait tourner en bourriques. Mais zut, ce n'est pas moi qui m'oblige à dormir là ! Finalement, je m'endors dans une chambre climatisée, bonheur ! À 2h du matin sans interrogatoire de 3h, miracle ! Pour le prix de 100RMB...

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 20:12
Long Wen - Qian Dian Jian. 100,55km.

Petit déjeuner avec mon ange gardien. Puis il règle tout, chambre, repas, même mes fruits achetés au marché... étrange monsieur ! "Chinese people are very friendly", n'oublie pas Camille. Alors que je fais mes sacs, il revient à la charge en me disant que je vais rencontrer beaucoup de côtes, que je ferais mieux d'accepter son offre... Mais il n'a vraiment rien d'autre à faire que me baby-sitter lui !! Je n'aime que mon vélo, vous l'avez compris, lui dis-je en rigolant ! Qu'à cela ne tienne, deux voitures de police me suivent, me guident sur la route. Joie de la liberté surveillée.

Sur des kilomètres, la grande muraille n'est plus qu'un mur de terre mangé par les mauvaises herbes

Je fais comme s'ils n'existaient pas et m'arrête longuement pour photographier la grande muraille que je longe depuis 1h. Il s'agit ici d'une des plus anciennes parties du mur, construite sous les ères Tang et Ming... Elle tombe progressivement en ruine et ressemble à un vague mur de terre de 3 mètres de haut sur des kilomètres. J'aime suivre cette ligne imaginaire par moment, même si ce matin j'ai du mal à me laisser porter par l'Histoire. À quelques mètres de moi, discrets mais bien là, de nouveaux agents du gouvernement cette fois, prennent le relais de la police de Long Wen, après m'avoir photographiée sous toutes les coutures. Mais ils vont aller avec moi jusqu'à Pékin ou quoi ??

Vers midi, la police fait enfin demi tour et je poursuis seuuule ma route

C'est seulement vers midi et après un troisième relais que je suis libérée et me retrouve enfin seule avec les grillons, seuls êtres vivants qui semblent résister à cette torpeur de l'été chinois. Je suis à 120km de Pékin, pas un chat, personne sur les routes. J'essuie encore trois barrages de police puis longe la rivière Bai dans une immense gorge. Ça y est, je l'ai ma mer ! Pourtant impossible de m'y jeter, le courant est trop important, mais je me trempe de la tête aux pieds de nombreuses fois.

J'entre dans la petite ville de Qian Dian Jian sous l'ombre d'une longue haie de platanes chinois

Vers 17h, arrivée dans la petite ville de Qian Dian Jian où je fonce direct voir la police pour savoir ou j'ai le droit de dormir. Si j'anticipe, peut être cela accélérera t'il les choses ? Mais non... rebelotte. Ici la police n'arrive même pas à remplir le papier d'hébergement. Mon passeport passe dans tant de mains qu'il finira bientôt en chiffon. Plus que quatre nuits, songe-je en pensant à mon arrivée prévue place Tiananmen mardi 29 juillet...

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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 19:25
Huai An Xian - Long wen. 82,73km.

La journée d'aujourd'hui commence par 40km de nationale au trafic intense. Ça sent l'arrivée à Pékin... Les premières usines gigantesques s'annoncent en pleine ville de Zhangjiakou où je passe sous les milliers de câbles à haute tension de la centrale électrique locale. D'énormes volutes de fumée blanche s'élèvent dans le ciel comme d'immenses nuages. La route est noire de suie, 50 camions surchargés de charbon attendent leur tour pour livrer leur précieuse marchandise à la Zhangjiakou Power Plant. La Chine est le premier producteur et le premier consommateur mondial de charbon, l'une des sources d'énergie les plus polluantes, qui fournit 70% de ses besoins en la matière.

Une cinquantaine de camion livrent le charbon à la centrale électrique de Zhangjiakou

Bientôt, je me félicite de mon itinéraire car en virant plus au nord, je retrouve la campagne et ses champs de maïs puant la fiante de poulet ou l'engrais fait à base d'excréments de cochons ! Y'a pas à dire, la bouse de vache est un vrai régal olfactif en comparaison !

J'ai besoin de me divertir juchée sur ma monture préférée, alors c'est le jour des comptes. Je m'amuse à calculer le nombre de litres d'eau bus pendant ce voyage, ces derniers jours détenant le record haut la main, le nombre de coups de Klaxon par heure, sachant qu'un camion sort sa corne de brume environ dix fois par véhicule ou objet roulant croisé... Ou bien encore le nombre de mètres de dénivelés, d'heures d'insomnie, de kilomètres de pâtes avalés, de grains de riz engloutis... Mais ma tête n'ayant pas de fonction calculatrice intégrée loin de là... Je baisse les bras devant cet effort mathématique surhumain. En attendant je passe à la 57ème chanson de la journée sur mon iPod ! Alors que j'espère un coup de fil de France, le portable tombe de ma poche et passe sous les roues d'un camion. Il est difforme, presque inaudible mais faudra qu'il tienne encore jusqu'à Pékin !

17h30, il fait exactement 37,8 degrés, je suis comme un esquimau abandonné sur une serviette de plage : je coule, goûte, fonds, me liquéfie et stoppe une énième fois près d'une station service pour me doucher habillée ! Quinze kilomètres de côte tranquille jusqu'à Long Wen encore, mais depuis ma descente des montagnes, les côtes si petites soient-elles me sortent par les yeux...

La chaleur assome hommes et bêtes

La jeune fille du restaurant qui jouxte la station m'offre l'hospitalité. J'accepte toute tremblante en pensant déjà à la police puis je m'offre un pantagruélique dîner à 18h. Les visages sont tout sourire, on tente la conversation à travers mes phrasebook et autre... tiens, on me demande mon passeport ! Curiosité toute chinoise... la présence masculine s'est renforcée tout à coup. Mon regard s'éveille, mon instinct guette... Ces cols blanc, ces souliers noirs, je ne les connais que trop. Nooooon, ils sont déjà là !! Mais comment me dis-je bêtement... comment au milieu de ce rien ?? Je suis étonnement calme, résignée...

L'entrée en matière est plus... civilisée. Une prof d'anglais a été déléguée pour faire la traduction des neuf policiers en civil et autres personnes du gouvernement. Avec un large sourire, on m'explique qu'on va nous conduire à la prochaine ville. Ici ce n'est pas un endroit pour moi, la sécurité et blablabla... Je n'oppose aucune résistance. Cette fois encore, le dîner est offert. Je commence à penser que les restaurateurs y sont contraints par la police. J'embarque, nous embarquons dans un 4x4, un deuxième nous devance alors que 3 berlines haut-de-gamme nous suivent. Je pense en blanc... le grand vide dans ma tête. Je souris et dis oui à tout ce qu'ils m'expliquent en voiture. J'obtiens de pouvoir m'arrêter à Long Wen et non dans la grande ville qu'ils souhaitent car c'est au delà de mon itinéraire. Là, je suis remise entre les mains d'autres officiers encore, dont un petit râblé, qui parle le chinglish. Cette homme restera un mystère jusqu'à la fin : affable et presque sympathique, je vais passer presque 16h avec lui à mes côtés ! Questions sans fin surréalistes, la taille et le nombre de mes sacs l'intriguent... on me complimente (you so fantastic, you great...), m'offre thé et repas à nouveau, alors que les questions continuent de pleuvoir. Je ne suis toujours pas enregistrée à l'accueil. Vers 22h cinq nouvelles personne dont un monsieur directement sorti du troisième Reich font leur entrée. Mêmes questions, mêmes réponses. J'ai l'impression de jouer un jeu d'échecs dangereux avec eux, alors même que je n'ai rien rien à me reprocher ! Toutes ses fins de phrases sont ponctuées de «chinese people are very friendly». Mon visa est à nouveau le sujet de maintes interrogations. Personne, personne dans ce pays n'en comprendra les tampons... Alors que c'est si simple. 23h, je tombe de sommeil. J'entends enfin l'explication que j'attends depuis des jours... Les J.O., la sécurité... votre passeport est en règle, il n'y a pas de problème alors ! Il est décidé que mon petit bonhomme râblé dormira dans la chambre à côté, m'emmènera petit déjeuner et m'escortera sur les premiers kilomètres. Je crois rêver, mais j'évite d'être mise d'office dans un véhicule et emmenée plus loin, grâce à mon véritable plaidoyer «Multi, c'est ma vie. Je ne peux pas terminer mon voyage en voiture, je perdrai la face... etc. ...», et ça je sais que tout chinois y est sensible... L'éternel souci de la face !

Je fais des rêves de gestapo la moitié du restant de la nuit...

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 15:56
Xing He Xian - Huai An Xian. 107,01km.

À 8h je mets les voiles et file de descente en montée pour varier dans un paysage Bagdad café, steppe mongole remplaçant le désert américain. Je traverse ces villages «relais routier-station service» qui parsèment la nationale depuis deux jours. À leur seule vue, le cafard me tend les bras, aussi je continue de sauter mon déjeuner et me gonfle de litres d'eau encore et encore.

Ces villes stations essence ne m'attirent guère, je trace sans déjeuner une fois de plus

Premier barrage routier à l'entrée de l'un d'eux. Il y a foule et moult policiers. On se précipite sur mon passeport, policiers et badauds se l'arrachent presque des mains avant que je leur reprenne d'autorité en leur mugissant que ce n'est pas un bout de gras qu'ils se disputent. Je sais, je devrais me taire, mais leur attitude grossière m'exaspère. J'ai l'impression d'avoir affaire à des policiers fantoches en permanence. On me demande d'ouvrir mes sacs... tout décharger... je parviens enfin à comprendre que 400km avant Pékin, la galère et la parano chinoise de la sécurité a commencé.

L'avancée du désert se fait sentir partout, les rivières deviennent ruisseaux quand elles ne sont pas desséchées...

Passé l'épisode fouille, je quitte mon plateau des «hautes» altitudes mongoles pour une descente de dix kilomètres et me retrouve à 400m. d'altitude, des champs de mais à perte de vue entre deux barrières de montagnes rocailleuses. Le paysage ressemble à un vaste champ assoiffé, les lits de rivières asséchés et craquelés sous la brûlure impitoyable du soleil. Si ça continue, moi aussi je vais me craqueler de partout. Je pèle déjà pour la énième fois du nez, morve et me mouche sans relâche maintenant.

Des câbles à hautes tensions rayent le ciel quand j'aperçois dans le lointain les premiers vestiges de la grande muraille. Il s'agit de tours de guets, amas de terre qui résistent encore au vent et à la pluie, mais dont la présence ne semble guère émouvoir les locaux et l'administration.

Fils à haute tension et vestiges de grande muraille se côtoient dans la plus grande indifférence

Ma route traverse maintenant de petits villages construits de part et d'autre de la nationale, qui ressemble ici à une départementale. Dès que je m'arrête pour demander de l'eau, m'asperger, on m'offre des fruits, des légumes. Ces gens du nord, décrits si rustres, sont aussi accueillants que les chinois du sud. Il existe un grand antagonisme entre les mangeurs de pâtes (chinois du nord) et les mangeurs de riz (chinois du sud), la Chine de l'eau, la Chine où le désert gagne du terrain année après année... mais je passe trop vite pour en comprendre plus.

Peu de vraies rencontres car je file toujours plus vite, mais un accueil toujours aussi chaleureux dans les petits villages entourés de champs de maïs

Je m'arrête vers 16h45 dans la ville de Huai An Xian où des jeunes me guident vers un hôtel, mais la police nous rattrape bien sûr. Une heure trente montre en main pour que l'hôtesse, à deux de tension, arrive à m'enregistrer et ce en présence de cinq policiers, quatre autres membres du personnel de l'hôtel plus tous les badauds. Je suis littéralement E N R A G É E. Cent fois je lui montrerai comment remplir le passeport, cent fois je leur expliquerai les différents tampons sur mon passeport (entrée, sortie... ils pigent que dalle !). À bout, je quitte l'hôtel, ça va mal finir. C'est le moment que choisit la police pour me dire que maintenant on va faire la même chose au poste ! QUOI ????! je tourne les talons et fais la sourde oreille.

J'obtiens ma chambre finalement à... 21h30 après mille questions. Là, des petites jeunes filles toute mignonnes m'annoncent que la douche... «meyou, meyou», l'heure est passée ! le dernier câble finit de griller dans ma tête, je leur prends les clés et leur dit que meyou ou pas, je me douche. J'ai l'impression d'être un monstre tant elles sont médusées de ma colère. À peine sous l'eau froide, la chef de l'étage fait irruption dans la salle de bain, je ne comprends rien et n'écoute plus depuis longtemps...

L A A A C H E Z M O I !!!!!! et je lui claque la porte sur le nez.

J'aurai droit à une ribambelle de sorry, sorry et à des courbettes à la sortie...

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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 15:23
Jining - Xing He Xian. 84,14km.

Mes maux musculaires mystérieux se dissipent peu à peu sans remède ni incantation. En revanche, la température augmente de jour en jour, le soleil étant à peine supportable après 8h le matin. Je dois pourtant l'affronter des heures durant en pleine face généralement. Mes journées défilent et se ressemblent. Départ à l'aube, pause à l'ombre au plus chaud de la journée, litres d'eau ingurgités et litres d'eau déversés sur ma tête brûlante. Au fil des kilomètres je repasse mon voyage dans ma tête et prend la grave et sage décision de mettre mes rêves en suspend. Le Taklamakan attendra encore...


Ça fait des jours que ça me trotte dans la tête, des jours que je pense à un passage à vide provisoire, des jours que mes proches me suggèrent de me reposer à Pékin, la suite on verra. Mais Pékin sera tout sauf repos et doigts de pieds en éventail, je le sais, le sens au plus profond de moi. D'autre part, le temps ne sera pas à la réflexion car pour m'éviter un cauchemar bis en train et avoir une couchette dure pour les 48h de rail jusqu'à Urumqi, capitale du Xingjiang, lointain ouest chinois, je dois m'y prendre dès mon arrivée, de même que pour mon visa kirghize qui manque encore a l'appel... Tout est histoire d'énergie finalement. L'essence du rêve subsiste, celui-ci étant bien ancré sur son piédestal, mais l'énergie, le carburant du rêve, fait défaut. Je me sens vidée, lasse, et ce voyage , qui devait être MON voyage (comme si j'avais été absente de ce premier !...), est au dessus de mes forces. Le temps me semble trop court pour atteindre la frontière si ce n'est dans une course effrénée contre la montre, et dans ces conditions, je ne peux plus. Bien sûr, je pourrais pousser le train jusqu'à Kashgar, mais alors j'entame le rêve... «Mets tes rêves de côté si tu n'as pas l'énergie Camille» m'a dit une amie de l'autre côté de la terre. Message reçu et intégré. Je rentre en France après Pékin me ressourcer auprès de ma famille et mes amis, apprendre des rudiments de russe et de ouïgour, pour le prochain voyage... Décision prise, un grand poids s'évapore et je pédale en paix vers cette grande muraille dont je dois croiser la route dès demain. Les événements des prochains soirs vont conforter ma décision, je dois quitter la Chine si je ne veux pas «prendre 5 ans», comme s'inquiète mon frère !


A Xing He Xian, une employée de station-essence me guide vers un hôtel. Je m'empresse de sauter dans la douche froide, faire redescendre la température de mon corps surchauffé, mais bientôt une des hôtesses entre dans la douche, je lui dis de patienter, que je termine et descends à l'accueil. 1 minute 30 plus tard, la patronne, hystérique, fait irruption à son tour dans ma douche. Elle gesticule dans tous les sens. Je tente de fermer la porte pour m'habiller, elle la bloque. Je m'énerve et lui demande de me laisser m'habiller en paix où alors je descends toute nue ?!! De retour dans ma chambre, nouvelle irruption dans la chambre. Comme je crois toujours que c'est pour payer un supplément pour la douche, je suis excédée. Mais surprise, cols blancs, pantalons noirs, chaussures cirées, lunettes noires et surtout clope au bec, entrent sans gêne dans ma chambre (j'ai toujours la serviette autour de la taille...). Police ou pas, je pousse ce joli monde en dehors de la pièce et enfile mes vêtements enfin. «You, stay no hotel». La moutarde me monte au nez, je refuse de comprendre l'incompréhensible, je leur claque la porte au nez, refais mes sacs, charge Multi et part sans un mot, foudroyant du regard la patronne qui ricane avec la BSP.

Je trouve refuge près de la station service, mais déjà la police accourt. C'est bon, c'est bon, je quitte votre ville de m... (il est 19h passé, c'est malin) mais avant laissez moi manger ! Petit resto où l'accueil tranche avec les dernières minutes vécues. Mais déjà, l'officier lunettes noires débarque avec du renfort. J'ai maintenant vingt personnes qui me regardent manger, une autre qui m'explique en anglais que pour ma sécurité, je ne peux rester dans cet hôtel. Un éternel "pourquoi ?" me brûle les lèvres mais je réussis à les cadenasser. À quoi bon... l'officier m'assure me conduire dans un hôtel autorisé pour moins de 30 yuans. Je quitte donc le resto où le patron vient de m'offrir le repas, encadrée par la police une fois de plus.

L'accueil du restaurant tranche avec le précédent

Surclassée dans un hôtel de gamme chinois, je pense enfin me poser. Ah mais je n'ai pas du tout compris ce qui m'attend : on me guide vers la chambre, là, 5 policiers en civil, plus le voisin de chambre qui a flairé le spectacle, me suivent et s'affalent littéralement sur les deux lits de la chambre, enlèvent leurs chaussures et cigarette sur cigarette, me font subir un interrogatoire en bonne et due forme pendant... 2h33mn !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! D'où je viens (5 fois que je le répète), où je vais (leur montrer une carte, c'est leur parler de la lune), où sont mes amis, pourquoi je ne suis pas avec eux, si j'ai des amis en Chine, comment je les connais, pourquoi je voyage en chine, quel est mon métier, quand je suis arrivée, pourquoi je suis revenue par Kunming et j'en paaaasse. Je suis vidée, d'énervement et de fatigue et ne le cache pas. Ils quittent la chambre et leur traducteur avec, me laissant trois numéros de portable pour les joindre en cas de problème. Bien sûr, comptez sur moi !

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 12:01
Zhuo Zi Xian - Jining. 61,48km.

La bonne pioche d'hier se révèle être une traîtrise matinale ou bien de très mauvais dosage. Je m'extirpe de mon lit à 5h voulant éviter le soleil de plomb, mais je suis prise de vertiges dès que je lève la tête. Je ne tiens pas debout. C'est comme si la pression dans ma tête augmente à vitesse grand V quand je me mets debout. Je tente de petit déjeuner, étant sûre que le médicament d'hier soir est en cause. Au milieu de la soupe de pâtes, je quitte précipitamment le resto pour vomir. Déjà 3 femmes me proposent des médicaments, de m'emmener chez le docteur. Comment leur expliquer que c'est précisément un médicament qui me rend malade ?? Seule solution, retourner m'allonger, là je suis bien.

Vers 10h30, sentant un léger mieux, je m'occupe enfin de Multi afin de trouver la raison de son mal à lui ! Je reprends tous les réglages à zéro, dérailleur avant, dérailleur arrière, molette de serrage au niveau des poignets. Quand ils s'approchent de nous, les chinois touchent très vite à tout, jusqu'à ce que je leur tape sur les mains, saoulée. Je suis maintenant persuadée que quelqu'un a joué avec Multi en mon absence.

Paysage de bord de route en Mongolie Intérieure

Cassée (non seulement ce médoc m'a donné des vertiges mais en plus mon mal de quadriceps et mes boules latérales sont intactes !), je pars vers 11h30 pour 61 kilomètres d'une succession de côtes de 2km et descentes d'1 km, gagnant peu à peu un plateau à 1200m d'altitude. Le cœur de Multi semble se stabiliser, je peux à nouveau enchaîner tous les rapports sans problème. Je fais de nombreuses pauses cependant, pour mes muscles douloureux (faut que ça m'arrive sur une partie bien moins difficile que toute la montagne que j'ai pu avaler, le comble !) et pour dormir à l'ombre. Aujourd'hui le vent en contre rend plus lente ma progression et le soleil de plomb me fait fondre minute après minute. Alors que je m'étais préparée psychologiquement à retrouver un gros trafic, j'ai l'agréable surprise de constater ce deuxième jour que cette nationale 110 est peu empruntée : personne sur des dizaines de kilomètres. Je dois avouer que je m'ennuie, mon désir d'arriver à Pékin se fait pressant. À grands coups de pédales acharnés, j'oublie mon mal musculaire et fonce tête baissée.

Les villages de briques rouges se ressemblent, coincés entre montagnes et steppes

Brûlée de soleil, je m'arrête cependant vers 17h dans la ville de Jining, ne voyant pas d'autres possibilités plus loin. Après trois refus, je trouve enfin un hôtel «authorized for foreigners» grâce à l'aide d'un monsieur au sourire rayonnant. Handicapé physique et d'une élocution difficile, il me guide dans sa chaise roulante à moteur qu'il actionne du menton. Je constate que les regards sont autant pour lui que Multi et moi. Le handicap en Chine étant encore souvent mis à l'écart... pour le remercier et parce que j'aime son sourire sincère, je lui propose d'aller dîner ensemble mais il me fait signe qu'il doit partir. Son refus est-il gêné ? Ma proposition maladroite ? Car bientôt je réalise que ses mains aussi sont malades... en soirée, je me plonge dans la Montagne de l'Âme, que je n'arrive pas à terminer, tant c'est torturé !

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