Vendredi 1 février 2008
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Après le rêve du voyage, l'atterrissage ou autrement dit la préparation du voyage. On commence par faire des listes, puis des listes et encore des listes... Visa, vaccins, cartes, ah oui... Se
mettre en quête d'une monture... Emporter une tente malgré l'interdiction de camper ?... 1 ou 2 paires de chaussettes ? 1 veste goretex contre la pluie, 1 sac de couchage ou un drap sac ou... les 2
? L'appareil numérique pour le carnet de route mais quel appareil argentique ? Car chaque gramme compte pour un tel voyage ou alors mes jambes et mes mollets s'en souviendront trop longtemps.
Bien sûr les listes évoluent, les listes se perdent aussi quand on s'appelle Camille. La Course contre la montre est engagée.
J'achète un vélo de randonnée, solide et classique. L'important, m'apprend-on, c'est qu'il soit réparable aux 4 coins du monde. Bien ! Mon oeil est aimanté par sa couleur : ROUGE ! (qui tire sur
bordeaux, mais rouge quand même). Rouge comme le drapeau chinois, rouge comme le coeur, rouge comme la passion !!! C'est sûr, de belles aventures nous attendent. Il est baptisé par -10°C dans les
Highlands écossais à Noël et dès lors nous apprenons à nous connaître. Mais Multi - ainsi s'appelle t-il - a du caractère et ne se laisse pas apprivoiser du jour au lendemain. Patience, patience,
au fil des kilomètres parcourus ensemble, parviendrais-je à le dompter ?
Ou alors... qui domptera qui ?!
Ensuite je me mets en quête du matériel adéquat pour ce voyage: guides, livres que je dois lire avant de partir, matériel photo, outils indispensables pour la réparation du vélo... Je n'y connais
rien, mais j'apprends chaque jour et surtout chaque vendredi dans un atelier vélo mené par un génie cubain de la débrouille, Enrique. Avec lui, dévoiler une roue, c'est les doigts dans le nez.
J'essaie de tout retenir - mission impossible - pour le jour où, sans rustine ni chambre à air, à "mille lieues de toute terre habitée", je devrai réparer mon pneu crevé avec un bout de bois... Si,
si véridique, il parait que c'est possible !
Le billet en poche je peux maintenant imaginer de m'attaquer au sujet "VISA". Ça n'est pas une mince affaire. "Visa touristique : Visa L, validité de 3 mois et durée sur place de 2 mois" Je suis un
peu étonnée, comment dois je comprendre cela? 2 ou 3 mois... Et moi qui ai besoin de 6 mois ! Oui, mais 6 mois ce n'est pas possible puisqu'on ne peut rester plus de 2, voir 3 mois sur le
territoire chinois. Aaargh ! En même temps je lis " la Chine et les chinois " publié il y a plus de 80 ans, et j'entr'aperçois ce pays à travers le regard de Lin Yutang qui a su "puiser avec
intelligence aux racines culturelles les plus profondes de son pays".
Je dois également anticiper la suite de mon voyage en Chine et prévoir le "comment-du-pourquoi-c'est-où-qu-il-faut-les-prendre" des Visas pour l'Asie centrale. Car nous irons ensemble jusqu'à Pékin
passer le relais aux athlètes Muriautins sélectionnés pour les JO, et ensuite ma boussole interne m'indiquera plein ouest ! Ma ligne d'horizon sera celle des sables brûlants du Taklamakan et les
confins de la province du Xinjiang.
Donc, l'équipement primordial en "poche", l'achat du billet d'avion pour mon point de départ (chinois) conclu après maintes tergiversations, le poids minimisé, les formalités administratives plus
ou moins résolues (disons que je sais où je vais...), il me reste à résoudre le problème de l'eau et le dilemme du solaire ou non. Je m'explique : en Chine l'eau est non potable. Connaissant mon
incapacité à dire NON quand on m'offre à boire ou à manger par peur de donner le sentiment de rejeter l'hospitalité, je dois traiter l'eau avec des pastilles spéciales qui tuent les microbes ou
mieux la filtrer avec une pompe, cela permet même d'enlever la pollution (je pourrais m'entraîner avec l'eau de la Seine tiens ... ??!!). Afin de ne pas être confrontée à l'impossibilité de charger
mes batteries en tout genre, l'achat d'un panneau solaire pliant me rendra indépendante ou presque par beau temps (je vous expliquerai plus tard comment cela fonctionne, promis) !
J'arrive alors dans la dernière ligne droite avant le départ... Celle où on sent le ventre se serrer, celle où les racines semblent vouloir pousser dans vos pieds et vous dire "pourquoi tu pars ?",
celle où on essaye de voir, ne serait-ce que pour un regard, tous ceux qu'on aime et qu'on laisse. Et pourtant que d'excitation à l'idée de ce voyage. Pour moi, c'est le grand saut dans l'inconnu.
J'ai beau avoir lu plus que je n'en peux avant de partir, je sais que RIEN ne sera comme je peux l'imaginer.
Et puis, comme disait le grand écrivain voyageur, Nicolas Bouvier :
EN ROUTE, LE MIEUX C'EST DE SE PERDRE. LORSQU'ON S'ÉGARE, LES PROJETS FONT PLACE AUX SURPRISES ET C'EST ALORS, MAIS ALORS SEULEMENT, QUE LE VOYAGE COMMENCE.